Pendant longtemps, la France a squatté le podium des pays consommant le plus d’antidépresseurs. Si elle a perdu son titre depuis, ce n’est pas tant parce qu’elle a réduit la dose, mais plutôt car ses voisins ont augmenté la leur. En tête, nos amis islandais, qui en gobent deux fois plus que nous. Ainsi, l’exception française est devenue un phénomène global. Notre culture serait-elle donc dopée aux pilules ?

Rap, R&B et Ritaline

Actuellement, la tendance est plutôt aux pilules, du rap à la bonne vieille pop pour adolescentes. La cocaïne est remplacée par l’Adderall et la Ritaline, utilisés dans le traitement de l’hyperactivité. Marina & The Diamonds nous parlent somnifères, pendant que Future clame son amour pour l’oxycodone.

On assiste même à l’apparition d’un nouveau genre — le Soundcloud rap, porté par des artistes comme le regretté Lil Peep — qui nous enjoint au nihilisme… et à creuser le trou de la Sécu. Conclusion : les pills ont gagné MTV.

En mode dépression

Certains troubles de la personnalité s’accompagnent d’une propension marquée aux achats compulsifs. À moindre mesure, qui n’a jamais cédé aux sirènes du shopping thérapeutique ? Incontestablement, la mode peut tenir un rôle d’antidépresseur. C’est une toute autre histoire quand elle s’en inspire…

En 2016, Pyer Moss faisait défiler des mannequins décorés de pin’s « Prozac », qui brandissaient des pancartes « My demons won today ». Un an plus tard, Moschino dédiait toute une collection aux cachetons, les chemisiers troquant leurs pois contre des gélules. Sans oublier des marques comme Enfants Riches et Déprimés, conçues autour de la rébellion et du spleen de la jeunesse. Provocation, parti-pris artistique, militantisme ou lobbying de l’industrie pharmaceutique, qu’importe : la dépression s’arbore à présent sur nos vêtements.

Un regard qui change

Le petit écran n’est pas en reste. Dans des séries comme Nurse Jackie ou Docteur House, nos héros gobent des cachets comme il respirent. Cette vague libératrice, qui raconte ses troubles et sa consommation (médicale ou récréative), trouve écho dans la société. La parole se libère de plus en plus, les initiatives à l’image du Semicolon Project se multiplient. De nombreuses personnalités s’expriment sur leur expérience ; le tabou autour de ces thèmes s’estompe. La déprime et Pfizer sont devenus mainstream.

Rien qu’en France, 117 millions de boîtes de benzodiazépines sont vendues chaque année. Il était finalement temps d’assumer, non ? Alors, comme les Real Housewives of Beverly Hills, on se détend avec un smoothie banane-kiwi-Xanax. •

Cet article fait partie de la série #1 — Prozac Nation.

L’usage de médicaments à des fins récréatives ou sans avis médical peut s’avérer dangereux. Pour tout soutien, n’hésitez pas à contacter votre médecin ou Drogues Info Services.

(Crédits: Lil Peep ; MoschinoAEFFE Group ; BravoTV ; Netflix.)