En matière de drogues, l’essentiel de mes découvertes s’est fait durant ma vie étudiante. J’ai fumé ma première cigarette au collège, sans jamais arrêter depuis, et mon premier joint au lycée. À la fac, je me suis essayé à la coke, l’ecstasy et compagnie. Un historique qui, s’il n’a rien d’enviable, m’avait somme toute laissé l’impression d’avoir déjà vu ce qu’il y avait à voir.

Le week-end dernier, j’ai passé la soirée dans un appartement haussmannien plein à craquer : des graphistes torturés, des mannequins en manque de contrat, des community managers qui se rêvent écrivains… Bref, un samedi comme il y en a des centaines chaque semaine à Paris.

Après trois bières à la cerise — on ne se moque pas —, j’ai ressenti le besoin urgent de passer par la salle de bains… qui était déjà occupée. J’attendais impatiemment devant la porte, quand un photographe / DA aux 50.000 abonnés Instagram s’est approché. « T’as l’air tendu ! J’ai du Xanax, si tu veux. » J’ai d’abord cru à une boutade, avant de le comprendre on ne peut plus sérieux. Après un bref échange (et un passage salvateur par la salle de bain, entre temps libérée), j’ai réalisé qu’il avait toute une armoire à pharmacie dans son sac, uniquement pour planer.

Intrigué, je demande si je peux lui poser quelques questions. Ne pouvant résister à une blague sur mon côté Claire Chazal, il accepte… (Note à moi-même : une interview se négocie plus facilement avec un interlocuteur sous tranquillisants.)

Crédits : Keep Portland Weird
Quels médicaments consommes-tu ?

C’est drôle, « des médicaments ». Ça fait tellement sérieux, dit comme ça. Mais pour te répondre, Xanax, Prozac et Ritaline.

Te les a-t-on prescrits ?

Pas du tout. Aucun médecin ne me les filerait — je ne suis ni dépressif, ni hyperactif. C’est simplement histoire de triper.

Comment te les procures-tu ?

Je trouve toujours quelqu’un autour de moi pour m’en vendre. J’ai un pote narcoleptique qui me file de la Ritaline. C’est génial, ce truc, tu en prends deux tu es parti jusqu’au lendemain. Pareil pour le Xanax ou le Prozac, on connaît tous une personne sous traitement si on cherche bien.

Es-tu déjà passé par Internet ?

Jamais. On ne sait jamais ce qu’il y a dedans, je ne veux pas crever d’une overdose de faux Prozac.

Consommes-tu des drogues « classiques » ?

Avant, mais pas depuis que je suis passé aux pilules l’an dernier. Tu sais qu’elles ont été fabriquées dans de vrais laboratoires, qu’elles sont safe. Après, c’est à toi de bien doser.

Certes, mais elles ne sont pas non plus bonnes pour la santé…

C’est sûr… (rires). Mais je reste convaincu qu’il y a moins de risques à avaler quelques cachets avec une bière que de carburer à la coke.

Il y aussi une grosse différence côté budget. À 5 ou 10 € le cacheton, tu peux faire ta soirée pour 30 €, alcool compris.

T’arrive-t-il de consommer hors soirée ?

Du Xanax, oui. Sans alcool, pour le coup, mais avec un petit joint. Surtout après une longue journée.

Que fais-tu alors ?

En général, j’écoute juste de la musique, posé dans mon lit. Je traîne aussi sur Netflix, parfois.

Ta playlist idéale dans ce cas-là ?

On devrait appeler ça la pil-list !(rires). J’écoute beaucoup de rap, mais c’est le cas h24. A$AP, 2 Chainz, G-Eazy, Lil Pump, Lil Uzi Vert et plein d’autres mecs qui ont « Lil » dans leur pseudo. •

Cet article fait partie de la série #1 — Prozac Nation.

(L’usage de médicaments à des fins récréatives ou sans avis médical peut s’avérer dangereux. Pour tout soutien, n’hésitez pas à contacter votre médecin ou Drogues Info ServicesCrédits photo de couverture : LookCatalog via Flickr)