C’était tout ce qui comptait pour moi, être membre d’une bande. Le sentiment d’appartenance, la liesse, toutes les conneries que l’on scande. Vivre dans un groupe de punks, de gangsters ou de beatniks. Peu m’importait tant que j’intégrais la clique.

On sortait souvent, moi et mes amis bizarres. On déambulait, faisait notre bazar. Il nous suffisait d’un banc dehors pour y passer des heures. On tournait en rond, à la recherche du bonheur. Des compagnons de soirées, avec qui je traînais et buvais. Toujours les mêmes têtes, les seules que je voyais.

À trois heures du matin, chacun mettait sa capuche. Déplacement en essaim, l’effervescence d’une ruche. Discrets, visages couverts, rasant les murs. Lourdement armés de peinture. La dégradation faite art, une bombe d’expression. Le porte-étendard de notre propre nation, faite de folie et de passion.

On s’était créé notre cour sans attendre de miracle. On pensait tout connaître du monde, de ses obstacles. Des sales gosses qui avaient déjà roulé leur bosse, voulant une part toujours plus grosse. Je ne craignais plus de vivre, j’avais trouvé une parade. Que pouvais-je bien risquer entouré de ma garde ?