Je dois vous faire une confession… J’entretiens une sorte de fascination adolescente pour James Franco, me poussant à regarder à peu près tous ses films. Avec un peu de retard, je me suis enfin plongé dans sa dernière série TV : The Deuce, traitant entre autres des prémices du cinéma pornographique.

Avant de connaître des carrières internationales, les premières actrices du genre étaient essentiellement des prostituées. On en trouve donc logiquement dans la série, dont Candy, campée par la brillante Maggie Gyllenhaal. À ce propos, quelque chose m’a continuellement sauté aux yeux dans presque toutes ses scènes : sa tenue de travail, que beaucoup de filles seraient contentes de porter aujourd’hui. Mini-shorts, chaussures à plateforme, petits tops… des pièces qu’on retrouve dans beaucoup de penderies, en oubliant probablement cette part de leur histoire.

Alors, comment l’attirail de la prostituée a-t-il gagné ses lettres de noblesse ?

En route pour un barbecue le 14 juillet ? Non, direction le trottoir de la 5ème avenue. (Crédits : The Duce — HBO)

Une histoire qui ne date pas d’hier

Les liens entre mode et prostitution sont loin d’être récents. Dès l’apparition de la haute-couture à la fin du XIXème, les grandes maisons ont fait ami-ami avec les riches demi-mondaines. On peut par exemple citer Emilienne d’Alençon qui, après avoir dépouillé le roi Léopold II de Belgique, a compté parmi les toutes premières clientes de Chanel. L’idylle continue toujours un siècle plus tard, quand Lagerfeld et Gaultier ouvrent grand leurs bras à la call girl Zahia Dehar.

La connivence entre le créateur et la prostituée ne fait pas de doute. Tantôt cliente, tantôt muse, elle fascine autant qu’elle inspire. Avant de rejoindre nos dressings, les bas-résille étaient l’apanage des dominatrices. Le manteau de fourrure XXL ? La pièce préférée des travailleuses de la rue Saint Denis… Une esthétique jugée décadente à son apparition sur les podiums de Cardin ou Saint Laurent dans les années 60-70, considérée comme simplement sexy aujourd’hui. Pour sa collection A/H 2014, Louis Vuitton a même transformé son défilé en hall d’hôtel, arpenté par des mannequins grimées en prostituées version luxe. Le tapin est donc devenu chic…

La prostituée, héroïne fantasmée ?

Bien sûr, l’uniforme de la péripatéticienne n’existe pas. Si elle s’habit toujours pour plaire, cela n’implique pas forcément de jupe de la taille d’un protège-slip, d’autant plus lorsque l’on parle d’escort girls et de « girlfriend experience ». Même si les clichés s’appuient toujours sur une part de vrai, cette vision reste donc assez stéréotypée.

Cela dit, ses vêtements « types » ont trouvé une autre portée, presque totémique. Dans sa version glamourisée, la prostituée est une femme indépendante. Elle représente un genre de liberté — sur le plan sexuel y compris, évidemment — et une force supérieure à l’homme, qu’elle domine et sur lequel elle prend l’ascendant à travers ses fantasmes.

Dès lors, sa tenue se transforme en un symbole du droit des femmes et de leur accomplissement — même si certaines féministes bondiront sûrement à la lecture de ces lignes… Arborer des cuissardes devient alors un moyen d’embrasser son potentiel de séduction, de l’accepter. Le revendiquer avec fierté, même. Un apparat synonyme de pouvoir, plus que de passes dans une rue glauque.

Et si, finalement, la catin était le pendant post-moderne de l’amazone ? •

Cet article fait partie de la série #3 — Le numéro de la prostitution.

(Crédits photo de couverture : Louis Vuitton)