Depuis la fin de Penny Dreadful il y a deux ans, aucun programme n’était parvenu à autant m’obséder… jusqu’à ce que je découvre The Girlfriend Experience.

Produite par le maître Steven Soderbergh, qui avait déjà réalisé un film au même titre, la série suit les aventures de Christine Reade. Aspirante avocate de Chicago qui vire escort girl, elle propose notamment la « girlfriend experience » : une prestation où la prostituée se comporte comme la compagne du client, l’accompagnant au restaurant et l’écoutant parler autant qu’elle lui offre son entrejambe.

« Encore une histoire sur une étudiante qui vend son corps pour payer ses études », me direz-vous. Loin de là ! Bien que traitant d’un sujet vu et revu, la pépite de la chaîne Starz comporte son lot de surprises. On se penche sur cette série hautement addictive…

Une esthétique ultra léchée

Chaque plan est filmé avec une beauté saisissante, d’une simple porte qui s’ouvre aux rapports sexuels de Chelsea — l’alias de Christine. Les décors sont minimalistes, sans jamais être simplistes, et s’appuient grandement sur l’utilisation du verre. Une transparence qui résonne avec l’opacité du milieu des escorts de haute volée.

À vrai dire, la caméra renvoie à un certain voyeurisme. Comme un plaisir coupable, où le spectateur se retrouve client à son insu, tout en étant pleinement consentant…

Crédits : The Girlfriend Experience — Starz.

Chelsea, l’anti-victime

Si la série aurait facilement pu glisser vers les clichés, elle les évite avec brio. Le personnage de Christine / Chelsea est un trésor de complexité. Là où les protagonistes se révèlent généralement au fil des épisodes, elle paraît de plus en plus insaisissable à mesure que l’intrigue se poursuit.

Ne cherchez pas l’archétype de la victime, ce n’en est pas une. Ni fauchée, ni psychologiquement dérangée, elle s’engage dans la prostitution en toute conscience. Tout au long de la saison, vous n’aurez qu’une seule envie : vous glissez dans sa tête pour la comprendre…

Crédits : The Girlfriend Experience —Starz.

Escort girl : une profession amorale

En définitive, la série ne porte aucun jugement sur la prostitution en soi. Comme n’importe quel autre travail, il n’est ni bon, ni mauvais… C’est d’autant plus visible lorsque, dans les premiers épisodes, Christine dîne avec Jacqueline, directrice d’une agence d’escorts — ou maquerelle, selon votre façon de voir. Quoi qu’il en soit, on jurerait un entretien avec un chasseur de tête pour un poste de chef de projet marketing.

The Girlfriend Experience interroge également sur nos données personnelles et la disponibilité des informations nous concernant, mais aussi sur la manière dont nous choisissons d’offrir — ou non — ces précieuses parties de nous. Et si, d’une certaine façon, nous étions tous la prostituée de quelqu’un…? •

The Girlfriend Experience, une série de la chaîne Starz, actuellement disponible sur Canal Play et Amazon Prime Video.