A-t-on déjà vu une comédie romantique sur un gigolo qui rencontre l’amour chez sa cliente ? Un numéro d’Enquête Exclusive consacré aux escort boys ? Entendu des hommes se faire traiter de « pute » ?

Quand on regarde autour de nous, le trottoir est un domaine que l’on tend à imaginer occupé par des femmes uniquement. Une idée faussement corroborée par les chiffres, quasi inexistants dès lors qu’on ne parle pas des Nigérianes du bois de Vincennes. S’il y a effectivement moins de prostitués que leurs homologues féminins, l’homme vendant son corps existe toujours.

Depuis l’avènement de Google, on le retrouve essentiellement sur Internet. À son compte, il est presque devenu un entrepreneur comme les autres — exception faite qu’être sa propre marchandise est rarement bien vu… Dès lors, il devient difficile de tirer des généralités sur ceux qui vivent sous le radar de l’illégalité.

J’ai eu la chance de pouvoir discuter avec un de ces business men. Après tout, qui mieux que les premiers intéressés pour nous éclairer…?

(Crédits : Musée des Beaux-Arts – Mairie de Bordeaux. Cliché L. GAUTHIER, F. DEVAL)
Peux-tu te présenter ?

Je me fais appeler Léo. J’ai 26 ans, j’habite à Paris et je suis escort boy depuis deux ans, maintenant.

Comment as-tu commencé ?

Pour être honnête avec toi, ça part d’un fantasme. L’idée m’excitait : être tellement désirable qu’on voudrait payer pour coucher avec moi. J’avoue qu’il y a une part d’égo dans tout ça. J’ai essayé, et ça m’a plu.

Qu’est-ce qui t’a plu ? Le fait de réaliser ton fantasme, ou l’argent  récupéré à la fin ?

Un mélange des deux ! Ta question, c’est un peu comme me demander si je préfère mon père ou ma mère. Argent, plaisir… Les deux forment un duo indissociable, chacun nourrit l’autre.

Peux-tu me parler de ta clientèle ?

Je suis bisexuel, donc j’ai des clients et des clientes. Après, les profils sont très différents… Chez les hommes, la plupart sont avec des femmes. Des papas qui se sont mariés sans assumer qu’ils étaient pédés. Il y a des riches comme des pauvres, vraiment…

Pour les femmes, c’est différent. En gros, il y a deux types. D’abord, la quarantenaire qui a réussi professionnellement. Elle est soit mariée, soit célibataire, mais surtout débordée. Ensuite, la cougar friquée de 60 ans, veuve ou divorcée. Après, il y a toujours des exceptions.

Des exceptions ?

Oui, bien sûr. Par exemple, une de mes clientes a commencé à me fréquenter quand elle a réussi à se séparer de son copain, après des mois de viol conjugal. Elle voulait réapprendre à aimer son corps, redécouvrir sa sexualité sans la pression que pourrait amener une relation classique. Le fait que je sois « à son service » (Léo mime lui-même les guillemets, ndlr) la rassurait, c’est elle qui décidait du rythme.

Comment te sens-tu dans ce genre de situation ?

C’est un peu déroutant, c’est sûr. La première fois, elle a pleuré en se déshabillant… Mais j’ai compris que j’avais un vrai rôle à jouer. Je l’ai soutenue au-delà du sexe. Aujourd’hui, elle a une vie sexuelle épanouie, et c’est un peu grâce à moi !

Ça prouve qu’on n’est pas juste des pervers ou des drogués, comme beaucoup le pensent. En tant qu’escort, j’ai réellement eu l’opportunité d’aider des gens.

Certains clients te contactent-ils simplement pour de l’accompagnement à des événements ?

Jamais. À chaque fois que j’en ai accompagné un à un dîner, on a fini à l’hôtel.

Est-ce ton unique source de revenus ?

Depuis quelques mois, oui.

Combien cela te rapporte-il chaque mois ?

Disons que je vis très bien… •

Cet article fait partie de la série #3 — Le numéro de la prostitution.