Shudu Gram, que vous voyez sur la photo ci-dessus, est le dernier mannequin à faire parler d’elle. Rien d’étonnant face à cette peau parfaite, des lèvres à se damner et une prestance qui ferait s’envoler les ventes de n’importe quelle marque (et la libido de la moitié du Globe).

Comme tout bon top de notre ère, elle explose sur Instagram — 110.000 abonnés en un an, qui dit mieux ? Celle qui a déjà été choisie par Rihanna pour sa marque Fenty Beauty semble promise au même grand avenir que Jourdan Dunn et Gigi Hadid, à une exception près : Shudu est le fruit d’un algorithme. Un supermodel 100% pixels…

Quand la mode flirte avec des avatars

Le phénomène incarné par Shudu n’est pas tout à fait nouveau. Si nous connaissons déjà Gorillaz et leurs alter-egos numériques depuis 20 ans maintenant, les Japonais vont plus loin encore en créant Hatsune Miku — sorte de « chanteuse numérique » dont les tubes sont issus d’un programme. Pour sa tournée de 2013, elle peut se vanter de porter des tenues virtuelles signées Marc Jacobs. Robes qu’elle enfile de nouveau pour son Vocaloid Opera, avant d’être habillée par Riccardo Tisci chez Givenchy trois ans plus tard.

Dans la même veine, Nicolas Ghesquière, geek assumé et fan de culture manga, surprend en choisissant un personnage du jeu vidéo Final Fantasy comme visage de sa collection. Le temps de l’automne / hiver 2016, Lightning troque donc son épée pour des sacs monogrammés LV

Des influenceurs (presque) comme les autres

La tendance actuelle dépasse le simple statut d’égérie initiée quelques années plus tôt. Grande rivale de Shudu, Miquela Sousa — dite Lil Miquela — plafonne à plus d’un million de followers. Malgré des traits moins réalistes, c’est elle qui domine le monde des trend setters virtuels. Interprète de plusieurs singles, son titre Not mine s’est même classé à la 8ème position du classement Spotify Viral.

Cela dit, elle est plus qu’un joli minois. Le lien de sa biographie Instagram renvoie vers le site d’une association caritative luttant pour l’éducation des jeunes filles de couleur. Elle prend parti pour le mouvement Black Lives Matter et défend les droits des transsexuels. Un chemin également emprunté par son pendant masculin, Blawko 22, qui parle autant de son amour pour Supreme et Fornite que d’homophobie.

Une posture finalement quasi identique à celle de figures en chair et en os… 

Lil Miquela prenant la pause en Burberry. (Crédits : Suman Jack pour V Magazine) 

Les futures icônes d’une génération ?

Même si ces idoles HTML ont la cote, elles soulèvent quelques questions au passage. Bien que leurs prises de position politiques soient louables, on peut tout de même s’interroger sur leur part d’influence… Les mannequins ont souvent été critiqués comme imposant des idéaux physiques hors d’atteinte. Dans ce cas, que dire de ceux portés par des créations numériques, donc proportionnellement « parfaites » ?

Plus largement, la mode a encore des progrès à faire en matière de diversité. De facto, un modèle comme Shudu ne gagnerait-elle pas à être remplacée par une véritable femme noire ? En dépit de sa beauté artificielle, devrait-elle donc rester un gimmick marketing uniquement ? Les débats sont ouverts… •

Cet article fait partie de la série #4 — Retour vers le futur.

(Crédits photo de couverture : Shudu Gram)