En 1968, le cinéma de science-fiction gagne ses lettres de noblesse grâce à Kubrick, sans oublier La Planète des Singes de Schaffner. Au milieu de ces deux chefs d’oeuvre, une troisième dystopie marque les esprits cette année-là : Barbarella.

D’après la bande-dessinée éponyme (considérée comme l’un des premiers comic books pour adulte), Roger Vadim transporte Jane Fonda en l’an 40.000, sous les traits d’une héroïne intergalactique à la sexualité exacerbée. Elle doit sauver le monde d’un savant-fou, inventeur d’une machine tuant à coups d’orgasmes, et de la reine bisexuelle de Sogo, les Sodome et Gomorrhe du turfu.

Vous l’aurez compris : le film brille plus par son esthétique rétro-futuriste — des décors aux costumes, dont certains signés Paco Rabanne — que par le traitement de son intrigue. Cela dit, s’il possède aujourd’hui son statut de culte, c’est aussi pour son personnage principal, qui passe d’un lit à l’autre comme elle change de système solaire. Multi-facette, Barbarella est-elle donc une projection sexiste ou une féministe qui s’ignore…?

Le monde dépend d’une femme !

En pleine guerre froide et course à l’espace, les hommes sont partout. Dans les fusées, les journaux télévisés, les documentaires et, évidemment, les films. Ici, c’est bien une femme, navigant de manière intrépide entre les étoiles, qui doit délivrer l’humanité.

Barbarella s’en sort dans chaque situation (sauvant son brushing au passage), qu’elle soit enfermée dans une « chambre à suicide » ou prête à être dévorée dans une volière. En dépit de son côté ingénu, c’est une badass, une vraie. Même le super orgasmator ne peut en venir à bout…

Un rapport particulier au sexe

Un peu comme dans Valley of the Dolls, le sexe est omniprésent dans Barbarella. C’est d’ailleurs l’argument principal de ses détracteurs, qui voient en elle une gentille poupée s’offrant à ceux qui l’ont aidée.

La libido des personnages est clairement stéréotypée. En revanche, Barbarella est toujours consentante, quand elle n’est pas elle-même à l’origine du rapport. Elle explore sa sexualité au fil de sa mission, couche avec un ange aveugle tel James Bond qui s’envoie de jolies minettes. Du début à la fin, elle a le contrôle sur son corps et son plaisir. C’est d’ailleurs ce qui lui permettra de se délivrer de la machine du professeur… et d’assurer un conf call avec le président de la Terre, entièrement nue.

Une figure moderne ?

Le personnage s’avère donc plus complexe qu’il n’y paraît. Pour autant, on aurait tord d’y voir un avatar de la cause féministe. À ce sujet, le réalisateur précise pendant la promotion :

Même s’il y aura une petite satire de notre morale et notre éthique, il s’agira davantage d’un spectacle que d’un exercice cérébral pour quelques intellectuels. — Roger Vadim, Los Angeles Times, 10 sept. 1967.

Barbarella n’a donc pas grand chose de militant. Néanmoins, elle est indépendante, fait preuve de force, d’adaptation et dispose pleinement de sa sexualité. Cinquante ans après la sortie du film, trop peu d’héroïnes sur nos écrans peuvent en dire autant… •

Cet article fait partie de la série #4 — Retour vers le futur.

(Crédits photo de couverture : Barbarella — Marianne Productions)