« S’il y a une chose impardonnable, c’est de ne pas pardonner », nous enseigne Romain Gary. Pour autant, peut-on en dire de même concernant les agressions sexuelles ? Certaines fautes peuvent-elles vraiment être excusées ? Le doivent-elles ? Au contraire ? Plus difficile qu’un simple « oui » ou « non », seules les victimes peuvent répondre à ces questions — avec autant de possibilités qu’il n’y a d’histoires.

Malheureusement loin d’être l’usage, il arrive cependant que l’assaillant éprouve des remords et souhaite faire amende honorable. C’est le cas de Luc*, parisien de 27 ans. Rencontre…

Le Viol d’Europe — Titien (1562)
Salut, Luc. Comment vas-tu ?

Fébrile… Je n’ai pas vraiment l’habitude de parler de ça.

Pourquoi accepter de me répondre ?

Parce que j’espère que ça pourra servir d’exemple… Beaucoup de mecs pensent que tant qu’il n’y a pas viol, ce n’est pas grave.

Est-ce que tu peux nous en dire plus ?

Ouais… J’étais en DUT (diplôme universitaire, ndlr), c’était il y a 5 ans. J’étais en soirée chez un pote, et j’ai flashé sur une des filles qui étaient là. J’ai passé tout mon temps à la séduire, ce qui avait l’air de marcher. On a bien discuté, on a dansé, et puis on a fini par s’embrasser.

À un moment, on s’est isolé dans une chambre. On flirtait toujours, mais j’ai voulu aller plus loin. Elle m’a demandé d’arrêter mais j’ai continué de la déshabiller et de l’embrasser… Jusqu’au moment où j’ai vu qu’elle était en train de pleurer.

Qu’as-tu fait à ce moment-là ?

J’ai arrêté tout de suite.

As-tu dis quelque chose ?

Non… En fait, la voir en larmes m’a choqué. Je ne pensais pas pouvoir faire pleurer une fille, encore moins comme ça…

Et elle ?

Elle s’est rhabillée direct’, et elle est partie.

Comment t’es-tu senti après ?

Mal. Vraiment… Ça m’obsédait, je n’arrêtais pas de revoir son visage. J’étais dégoûté de moi-même.

Vous étudiiez dans la même fac ?

Non, heureusement.

Quand as-tu décidé de la contacter ?

Au bout d’une semaine. J’en ai eu envie le soir même, mais j’avais trop honte. Et puis j’ai compris que plus j’attendrais, pire ce serait.

Comment t’y es-tu pris ?

Je lui ai écrit sur Facebook. Je lui ai dit que j’étais sincèrement désolé, que je m’en voulais et que je n’avais jamais voulu lui faire du mal. C’était mieux dit que là, bien sûr.

A-t-elle répondu ?

Pas tout de suite. Je regardais souvent si le message avait été lu, mais non. Et puis quatre mois plus tard, elle m’a répondu.

Peux-tu nous dire ce qu’elle a dit ?

Juste une ligne : « je te pardonne, mais je ne veux plus jamais entendre parler de toi ».

Étais-tu soulagé ?

Disons que ça aide à alléger la culpabilité.

D’autres personnes sont-elles au courant ?

Non. Pas que je sache, en tout cas.

En parles-tu à  tes copines ?

Surtout pas.

Si tu pouvais lui parler aujourd’hui, que lui dirais-tu ?

Que je suis toujours autant désolé, et qu’elle a plus de courage que je n’en aurai jamais. •

Cet article fait partie de la série #5 — What’s up, Harvey ?

* À la demande de la personne concernée, le prénom a été modifié.

(Crédits photo de couverture : Irréversible — Gaspard Noé)