« Elle ne pouvait pas l’ignorer ! » ; « Comment a-t-elle pu passer à côté ? » ; « À sa place, j’aurais honte… ». Quand un homme est pris au coeur d’un scandale aussi énorme que ne l’est Harvey Weinstein, l’opinion publique ressent peu d’empathie pour son épouse. Ajoutez à cela sa silhouette de mannequin, son visage paraissant 10 ans plus jeune, et n’importe quelle ménagère voudra l’envoyer au bûcher.

Pour autant, Georgina Chapman n’est pas qu’une femme trophée. Créatrice de vêtements et chef d’entreprise, elle est aussi à la tête du luxueux label Marchesa. Suite aux révélations du New Yorker, elle condamne les actes de son mari et demande le divorce dans la foulée. Néanmoins, face à l’ampleur prise par l’affaire, la marque peut-elle vraiment se relever ?

Marchesa, la plus romantique des maisons

En 2004, Georgina Chapman et Keren Craig, des copines rencontrées sur les bancs de l’école, fondent Marchesa. « Marquise » en Italien, le nom fait référence à Luisa Casati, aristocrate, muse et mécène du début du siècle dernier.

Prise sous l’aile d’Isabella Blow (la Casati de notre époque), la marque ne tarde pas à prendre de l’ampleur. Très vite, une ligne de diffusion, plus accessible, fait son entrée dans les grands magasins. L’univers Marchesa repose sur un romantisme exacerbé : roses brodées sur des corsets de soie, robes à basques perlées, traînes en tulle et manches en dentelle… Un style parfois surfait, avec des accents de bal de promo américain, mais rencontrant incontestablement son public. À ce titre, c’est l’un des derniers labels possédant encore un atelier à Manhattan.

La Belle et la Bête

Georgina Chapman semble donc tout avoir de la business woman avisée. Cela étant, un argument revient fréquemment chez ses détracteurs : dès le départ, elle est aidée par Weinstein, qu’elle rencontre à ses débuts. Alors que la marque n’a même pas un an, Renée Zellweger fait s’envoler les ventes lorsqu’elle porte une robe Marchesa à la première de Bridget Jones : L’âge de raison… produit par ce cher Harvey.

Sienna Miller, Felicity Huffman, Jessica Chastain : à défaut de les violer, il impose aux actrices de porter les créations de son épouse sur le tapis rouge. Des Oscars à Cannes, Marchesa devient indissociable des grandes cérémonies. Une publicité indispensable pour la marque, qui bâtit essentiellement sa réputation sur les célébrités et le bouche-à-oreille.

Dès lors, on peut se demander si se glisser dans une robe dessinée par Chapman ne revient pas à appuyer son ex déchu — même indirectement, ou financièrement. Une position que semblent partager la plupart des femmes à Hollywood…

Harvey Weinstein et Georgina Chapman, Vanity Fair Oscar Party 2017. (Crédits : David Livingston — Getty Images)

Vers un retour en grâce ?

Le 7 mai, Scarlett Johannson est la première figure publique à porter une robe Marchesa depuis le début des accusations, marquant son soutien « à une marque créée par deux femmes incroyablement talentueuses ». De plus en plus de voix s’élèvent en ce sens, dont celles des acheteurs de Saks, Neiman Marcus, Bergdorf et consorts, appelant à ne pas condamner l’épouse pour les actes de son mari.

Après sept mois de silence, Georgina Chapman continue justement de chercher du soutien avec une interview fleuve dans les pages de VOGUE, donnée il y a trois semaines. L’occasion de rappeler à quel point elle est toujours sous le choc, désolée pour toutes ces femmes, impuissante face à ses enfants… et en train de préparer la prochaine collection croisière (arrivant en magasin à la fin de l’hiver, ndlr).

Alors, prendre la pose sous l’objectif d’Annie Leibowitz suffira-t-il à laver le nom de Marchesa ? Si l’on sait bien une chose, de Kate Moss à John Galliano, c’est combien la mode raffole des come-backs… •

Cet article fait partie de la série #5 — What’s up, Harvey ?

(Crédits photo de couverture : Marchesa)