Le « rape and revenge », comme son nom l’indique, désigne un genre cinématographique dans lequel une victime de viol décide de se faire justice elle-même.

Flirtant parfois avec l’horreur, jouant allègrement sur le gore et la violence graphique, il offre différentes interprétations au-delà de son apparente simplicité. Cela dit, de la célèbre saga I Spit on your grave, au controversé Irréversible de Gaspard Noé, c’est presque toujours un homme que l’on retrouve derrière la caméra… C’était sans compter sur Coralie Fargeat et son premier long-métrage : Revenge.

Sorti il y a trois mois, c’est aussi le premier film du genre à éclairer les salles obscures depuis la chute de Harvey Weinstein. Du coup, bien que logiquement tourné avant, on ne peut s’empêcher de le regarder sous un angle différent. Alors, s’agit-il juste de l’histoire d’un canon qui trimballe un fusil à pompe ?

Des codes brillamment réinterprétés

Jolie fille en maillot de bain XXS, gâchette facile, drogues, effusions de sang… Les éléments typiques du rape and revenge sont bien présents, mais pas forcément où on les attend. À ce titre, il est intéressant de noter que le seul nu frontal est celui d’un des agresseurs, l’héroïne n’apparaissant jamais en tenue d’Ève.

Si finalement peu est montré du viol, on ne manque pas une goutte de la vendetta… Passer plus de 90 minutes devant quatre personnages s’entretuant en plein désert aurait pu s’avérer lassant. Pourtant, la réalisation parvient à exercer une sorte d’hypnose, d’empathie pour le personnage principal, qui nous maintient en haleine jusqu’au dénouement.

Le petit plus ? La caméra fait la part belle au décor, alternant références religieuses, couleurs pop et montagnes dignes de Mad Max.

Si Black Mamba et Imperator Furiosa avaient une fille à l’époque d’Instagram, ce serait elle. (Crédits : Revenge — Canal+ / M.E.S. Productions)

Une catharsis féministe

Dès les premières scènes, la jeune femme est hypersexualisée, à grand renfort de Chupa Chups et de tenues rose bonbon. Le genre sexy, pas très futée, dont l’objectif est simplement « de partir à Los Angeles pour être remarquée ». Du moins, en apparence…

Paradoxalement, c’est lorsqu’elle est la moins habillée qu’elle devient la plus dangereuse. Son corps, au départ objet, s’anime sous l’instinct de survie. Elle en acquiert la pleine puissante et le contrôle quand, a contrario, l’agresseur s’animalise en perdant toute humanité. Le « sexe faible » reprend ses droits, la bombe peut littéralement devenir fatale — à la joie du spectateur, qui prend plaisir à la voir se changer en sniper.

Avec Revenge, la réalisatrice française signe un bon divertissement à l’américaine, nous rappelant qu’il vaut mieux ne pas embêter les filles. Une idée qui fait du bien en ce moment… •

Cet article fait partie de la série #5 — What’s up, Harvey ?

(Revenge, disponible en VOD, Blu-Ray et DVD dès juin 2018. Crédits photo de couverture : Canal+ / M.E.S. Productions)