La première fois que je l’ai vue, c’était dans le métro. Tomboy aux cheveux mi-longs, l’allure rétro. Elle y était déjà quand je suis monté. Il y avait de la place à côté ; je n’ai pas osé m’approcher. Station après station, elle a volé mon attention. Je m’imaginais la retourner dans toutes les positions. Devant, derrière, à califourchon… Je n’avais d’yeux que pour elle, aucune fille n’était si belle. À la fois simple et sensuelle. L’air faussement sage en tournant les pages. Des tatouages célestes cachés sous sa veste. Un charme à part, des étoiles dans le regard.

Lorsqu’elle est descendue, je n’ai pu m’empêcher de la suivre. Je ne réfléchissais plus, elle m’avait rendu ivre. Planche sous le pied, elle glissait sur le quai. Je l’ai laissée s’éloigner, l’impression qu’elle flottait dans l’air. Quelques mètres d’écart, assez pour changer l’amant en pervers. Essoufflé en haut des marches, manquant de perdre sa trace, j’ai cherché comme un chien de race à la chasse.

L’avenue était à peine éclairée, enveloppée d’une légère brume. J’ai couru de toutes mes forces, à en casser le bitume. Les antennes dressées, mes sens en alerte. À force d’efforts, j’ai perçu le bruit de ses roulettes. Le vent faisait danser sa chevelure ; le skate, sa cambrure. Je devais rester discret, avancer en rasant les murs. Elle a poursuivi deux minutes à la même allure, puis fin de la filature.

Elle est entrée dans son immeuble sans que je ne puisse rien y faire. « J’aurais dû être plus rapide, je n’aurais pas dû me taire ». Dépité, je me suis écroulé à terre. « Comme à chaque fois, je perds ». Perdu dans mes pensées, j’ai été interrompu. Une lumière venait de s’allumer, tout juste ténue. C’était celle de sa chambre, donnant sur rue ! Par la fenêtre, j’ai guetté ses allers et venus. L’entrejambe brûlant, excitation difficilement contenue, j’ai patiemment attendu qu’elle se mette enfin nue.

Cet article fait partie de la série #5 — What’s up, Harvey ?

(Modèle : Faustine ; photo : Alexandre ; stylism : Zackary)