L’homosexualité arabe est souvent perçue comme étonnante : comment concilier son orientation avec l’oppression de l’environnement culturel ? À ce propos, on a tendance à l’observer à travers le prisme masculin uniquement, qui plus est lorsque l’on s’intéresse aux banlieues. Certes, la culture de cité cristallise une forme de virilité parfois toxique, mais n’oublierions-nous pas pour autant les lesbiennes évoluant dans ces quartiers ?

Figures silencieuses voire invisibles, elles mènent leur barque tant bien que mal, sans forcément trouver l’espace pour s’exprimer. Prises entre la pression sociale et les traditions, ZACKARIUM a rencontré l’une d’entre elles afin d’en savoir davantage sur son quotidien…

Crédits : Deux femmes dansant au Moulin-Rouge — Toulouse Lautrec (1892)
Salut Nadia*, comment vas-tu ?

Très bien ! Contente d’être là.

Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sur toi ?

J’ai bientôt 26 ans. J’habite à Aulnay-sous-Bois (banlieue parisienne, ndlr), j’ai toujours vécu là-bas. Et je suis animatrice en centre de loisirs. Voilà pour la base ! (rires)

Tu m’as donné rendez-vous au FAT, un bar à Paris. Pour quelle raison  ?

C’est ici que j’ai eu mon premier rendez-vous avec ma dernière copine. Je viens assez souvent depuis.

Vous n’êtes plus ensemble ?

Nope. Ça a duré cinq-six mois, mais c’est fini maintenant.

Peux-tu nous dire pourquoi ?

Elle était ouvertement gouine. Pour moi, c’est différent : personne n’est au courant, à part deux ou trois personnes. Ça a fini par la saouler. Je la comprends, mais elle voulait plus que je ne pouvais lui donner.

Tu as déjà pensé à faire ton coming-out ?

Y penser, bien sûr, mais c’est impossible. La question ne se pose pas, je serais reniée par toute ma famille.

Par rapport à la religion ?

Oui, mais pas que. En fait, la religion est là sans l’être : certains dealent à longueur de journée, d’autres boivent déjà en bas des immeubles à midi. Il y a les meufs qui font les michtos, aussi. Finalement, les seules personnes vraiment pratiquantes au quartier, c’est les daronnes (rires). Mais l’homosexualité, c’est un cran au-dessus pour eux.

Qui c’est, « eux » ?

Ma famille, mes amis, mes voisins… Tout ceux que je connais.

Es-tu en couple, aujourd’hui ?

Non. Je vois des filles par ci, par là, mais rien de sérieux.

Comment les rencontres-tu ?

Surtout par Tinder.

Comment envisages-tu l’avenir ?

J’aimerais pouvoir quitter la cité, mais c’est compliqué. Théoriquement, je n’ai pas de raison de partir de chez mes parents si je ne me marie pas. Je ne trouve pas ça juste. Je n’ai pas choisi de naître ici, mais ça me poursuivra toute ma vie… •

Cet article fait partie de la série #6 — Entre fantasme et réalité : la femme arabe aujourd’hui.

* À la demande de la personne concernée, le prénom a été modifié. 

(Crédit photo de couverture : Les deux amies par Toulouse Lautrec — 1895).