L’art nous est donné pour nous empêcher de mourir de la vérité. — Nietzsche

Le Moyen-Orient est une région connaissant son lot de perturbations. En plus de problèmes politiques, il lui reste encore des progrès à faire en termes idéologiques, sur la cause féminine notamment.

Dans ce contexte, l’art prend une toute autre portée. Non content de simplement divertir, il raconte un passé, un rêve, dénonce et milite. Malgré une dominance patriarcale, des femmes tirent leur épingle du jeu, jusqu’à devenir des visages emblématiques de la scène contemporaine pour certaines.

Qu’elles peignent, sculptent, construisent ou rappent, leur oeuvre se fait porte-parole de causes comme la paix, l’émancipation, le genre, ou encore l’intégration. Qui sont-elles ?

Entre deux mondes : Nada Elkalaawy

« J’ai remarqué que mon pays d’origine, et le Moyen-Orient en général, n’avaient pas vraiment d’importance pour le monde. Sauf en période de crise…. », nous dit l’artiste.

Famille, identité, passage à l’âge adulte… Son travail, jouant avec les couleurs dans un style presque enfantin, brise les clichés sur le monde arabe autant qu’il raconte le quotidien d’une jeune fille comme les autres.

Mandana Moghaddam, sublimant la violence

Après un passage par l’asile — une sale dépression suite au meurtre de son père par des islamistes — Mandana Moghaddam a fait de la violence, la communication, la folie et la santé mentale les éléments fondateurs de ses créations. Des idées souvent tabous dans la culture orientale.

S’appuyant sur des alliances étonnantes de matériaux — béton et cheveux, pour n’en citer qu’une — elle offre une vision brute voire brutale, qui ne manque jamais de questionner son audience.

Crédits : Sara’s Paradise — Mandana Moghaddam

Mona Hatoum, la voix politique

D’origine palestinienne, compte-tenu de son histoire, la diaspora et le voyage sont des notions récurrentes chez Mona Hatoum. Figure incontournable de l’art contemporain, sa carrière, longue de plus de trente ans, aborde des sujets allant du genre à la guerre.

Multi-supports, elle passe de l’utilisation de son propre corps aux sculptures et installations XXL, dans des oeuvres toujours teintées de politique.

Être une femme dans un pays arabe : Lalla A. Essaydi

Après avoir vécu au Maroc, en Arabie Saoudite et aux États-Unis, Lalla Essaydi constate combien la place faite aux femmes diffère d’un pays à l’autre. Très vite, elle en fait son thème de prédilection.

Son utilisation massive de la calligraphie, pratique essentiellement masculine, défie les conventions. S’inspirant de sa propre vie, elle puise dans son brassage culturel pour offrir une forme d’art élégante et hypnotique.

Crédits : Les femmes du Maroc, Dancer Triptych — Lalla A. Essaydi.

Nadia Tehran, la réfugiée qui rappait

L’artiste fait parler d’elle il y a un an ou deux, en pleine crise des réfugiés. Elle-même issue de l’immigration politique — ses parents ayant fui l’Iran et la révolution islamique — c’est en musique qu’elle choisit de s’exprimer.

Menant une croisade tout en punchlines contre l’obscurantisme et l’intolérance, son premier EP (Life is Cheap, Death is Free) sonne comme un manifeste, à la fois jeune et militant. Ce qu’on aime le plus ? Le clip du single Refugee, illégalement tourné dans son pays d’origine… où il est interdit de chanter dans la rue. •

Cet article fait partie de la série #6 — Entre fantasme et réalité : la femme arabe aujourd’hui.

(Crédits photo de couverture : Les femmes du Maroc, Harem Beauty 1 — Lalla A. Essaydi)