En 2016, Dolce & Gabbana défraie la chronique en lançant une collection de hijabs (voiles) et abayas (robes longues et amples) à destination des femmes musulmanes. Depuis 2014, DKNY en fait régulièrement de même à l’approche du Ramadan.

Du côté d’Instagram, des influenceuses en turban telles que Dina Tokio cumulent plus d’un million d’abonnés. L’année dernière, Condé Nast décline son illustre magazine en version moyen-orientale avec VOGUE Arabia, suivant ainsi le chemin emprunté plus tôt par Harper’s Bazaar. La femme en hijab serait-elle donc devenue une icône de mode ?

Une cliente comme une autre

N’en déplaise à certains, la musulmane n’est plus cantonnée à son troupeau ou sa caravane de chameaux, ni en cuisine à préparer du couscous — qu’elle couvre ses cheveux ou non, d’ailleurs. C’est d’autant plus le cas chez les millennials et ceux issus de la deuxième, voire troisième, génération suivant l’immigration.

À l’instar de tout un chacun, elle s’expose sur les réseaux sociaux et n’est pas épargnée par les tendances. On note aussi l’apparition de courants socio-culturels, comme les « mipsters » — contraction de « muslim » et « hipsters » — qui font du skate sur fond de Jay-Z.

Le stigmate du voile s’estompe progressivement, les mentalités se font plus ouvertes… Ce n’était donc qu’une question de temps avant que la mode ne s’y mette à son tour. Plus encore lorsqu’on sait que, d’après Reuteurs, les clients musulmans dépenseront 484 milliards de dollars en vêtements et chaussures en 2019…

Un choix de plus en plus large

« Business is business », dit-on… Face à un tel marché, beaucoup de marques saisissent le potentiel de collections dédiées aux codes esthétiques et aux moeurs de l’Islam. Il est intéressant d’en souligner l’ampleur, touchant aussi bien l’entrée de gamme — Mango ou Mark & Spencer — que le luxe chez D&G et Oscar de la Renta.

Le sportswear n’est pas en reste. Depuis que l’on voit des athlètes voilées aux Jeux Olympiques, l’équipementier Nike propose un hijab technique, adapté à la pratique de l’exercice physique.

En un sens, ces évolutions de l’offre témoignent donc d’une reconnaissance de la femme musulmane dans sa pluralité (et son pouvoir d’achat). Il était temps.

Le hijab, star des podiums

En 2017, Halima Aden devient le premier mannequin voilé à signer avec une agence internationale (IMG Models). Sous la houlette de son pygmalion, la papesse Carine Roitfeld, elle devient une habituée des podiums Max Mara, Alberta Ferretti et Philipp Plein. Une inclusion qu’on ne peut que saluer.

De manière plus insidieuse, on retrouve également de plus en plus de hijabs sur les têtes de models tout ce qu’il y a de caucasien — notamment chez Gucci, Marc Jacobs et Versace. Certains crierons à l’appropriation culturelle, d’autres parleront d’une subtile approche marketing. Pour d’autres encore, il s’agit tout bêtement de style. Les débats sont ouverts.

Gucci, A/H 18.

Dès lors, si la nouvelle idylle entre mode et hijab contribue indirectement à l’intégration du voile dans la société, ne risque-t-elle pas pour autant de le réduire au rang de simple accessoire au passage ? Affaire à suivre… •

Cet article fait partie de la série #6 — Entre fantasme et réalité : la femme arabe aujourd’hui.

(Crédits photo de couverture : Dolce & Gabbana.)