Le soleil se couche tout juste sur les dômes, caché derrière des nuages parés de reflets d’or. La lune, encore à peine visible, s’élève progressivement. Son halo blanc, bientôt argenté, semble toiser la toile rouge-orangé tirant sa révérence. Les étoiles, timides, attendent impatiemment l’obscurité avant de briller. La chaleur se retire, relâchant son étouffante étreinte Une légère brise souffle, effleure le sol puis décolle.

Éclairées à la lumière des réverbères, les grandes artères restent animées. Les carrefours grondent, grouillant de monde réparti sur des trottoirs bien trop bondés. Une masse d’anonymes emmêlés qui marchent mécaniquement, entamant un mouvement menant derrière les murs. Vers ces ruelles désertes, discrètes, dans lesquelles on choisit de se perdre.

À l’abri des regards, les barrières se brisent. Lorsque l’ombre s’abat, les pensées s’embrasent. Tant pis pour l’attraction physique, les visages qu’on ne voit pas, le frisson de la transgression est plus jouissif. Le corps crie de désir sous sa lourde couverture, veut se libérer des contraintes. Résister contre l’habit imposé par les rites. Sous le voile, l’âme cachée fait le vide. Au diable l’opprobre, seul le plaisir importe. Délibérément livrés à l’invisible, mythifié par le mystère, les esprits se dérobent. Tout doucement, les mains soulèvent les robes… •

Cet article fait partie de la série #6 — Entre fantasme et réalité : la femme arabe aujourd’hui.