BDSM. Quatre lettres — pour Bondage, Discipline et Sadomasochisme — dont l’association englobe tout un éventail de pratiques sexuelles. Autrefois jugées taboues et sulfureuses, l’intérêt qu’elles suscitent aujourd’hui est de plus en plus grand… et dépasse étonnamment le simple cadre de notre chambre à coucher.

Alors, quand le sadomasochisme est-il devenu populaire ?

De l’ombre aux flashs

Bien évidemment, Sade n’est pas le premier à être excité par quelques cris. Des traces écrites mentionnent déjà ce penchant chez les Sumériens, bien avant que la moitié du Vatican ne se mette secrètement à la flagellation. Pour autant, l’érotisation de la douleur reste longtemps marginalisée, quand elle n’est pas qualifiée de déviance ou de perversion.

La donne change progressivement, grâce au monde de la mode qui s’empare de son esthétique. Dans les années 80, Gaultier crée des corsets aux proportions oniriques, immortalisés par Madonna se masturbant sur scène. En 1992, Versace retrouve ses supermodels pour une collection appelée Miss S&M, inspirée de clubs gays underground du New-York de l’époque. Ainsi, le bondage chic naît…

Presque trente ans plus tard, la vague 90’s qui abreuve les stylistes le remet au goût du jour. Les bijoux d’esclave sont de rigueur, Kim Kardashian popularise la robe en latex, les cuissardes font un retour tonitruant et Moschino transpose son dernier défilé homme dans une scène de Portier de nuit.

« T’as pas un martinet ? »

On peut aimer l’apparat fétichiste, sans forcément céder à ses plaisirs — après tout, toutes les personnes en jogging ne font pas de sport. Cela étant, le BDSM semble conquérir plus que les podiums. Les clips sont remplis de son imagerie, tandis que les sitcoms et comédies potaches font de la dominatrice un personnage comique. La saga Cinquante nuances de Grey s’écoule à plus de 125.000.000 d’exemplaires dans le monde, soit autant que le nombre d’albums vendus par Beyoncé dans sa carrière…

Incontestablement, le public répond donc à l’appel du cuir. La présence de cette pratique dans notre culture la dédramatise, en plus de son accessibilité par le porno gratuit et les rencontres sur Internet. Plus largement, la parole sur le sexe et le genre se libère depuis quelques années, avec une tendance à affirmer cette identité pour en obtenir la pleine reconnaissance. Autrement dit, on assume.

Le fantasme est en passe de devenir un business à part entière, au-delà de la simple fabrication de tenues et autres jouets. En plus des soirées qui se multiplient, une très sérieuse école de bondage dispense des cours en plein Paris. Certains se lancent dans le tourisme BDSM, avec des formules all-inclusive pour le week-end, ou directement chez l’habitant grâce à KinkBnB… Le sadomasochisme, un trip comme les autres ? •

Cet article fait partie de la série #8 — Fais-moi mal…

(Crédits photo de couverture : Steven Klein pour V Magazine)