Tenues en cuir, avalanche de latex, de sangles, fouets et autres chaînes… Dès que l’on parle de sadomasochisme, les premières images nous venant en tête sont bien souvent stéréotypées — et tendent à se limiter aux accessoires utilisés.

Pourtant, il s’agit aussi de l’une des pratiques sexuelles suscitant le plus d’interrogations. Son apparat, le parfum de mystère qui l’entoure, mais aussi le fait d’éprouver du plaisir dans la douleur, contribuent à la fascination populaire pour le BDSM (Bondage, Discipline, Sadomasochisme, ndlr).

Plus largement, le rapport dominant-dominé soulève aussi son lot de questions. Comment est-il régi ? Comment ses adeptes découvrent-ils leur penchant ? Comment sont-ils dans la « vraie vie » ? Ce genre de relation laisse-t-elle place à l’amour, ou est-ce simplement physique ?

Pierre*, se définissant lui-même comme « esclave sexuel », répond à mes questions…

(Crédits : Colton Haynes par Tyler Shields)
Salut, Pierre. Comment vas-tu ?

Bien. Un peu stressé.

Pour quelle raison ?

Je ne sais pas trop.

Ne t’en fais pas, il n’y a pas de raison ! Avant qu’on entre dans le vif du sujet, peux-tu te présenter en quelques mots ?

J’ai 28 ans. J’habite Paris, je travaille dans la banque. Et si je suis là aujourd’hui, c’est parce que je préfère porter un autre genre de costume qu’à l’agence. (rires)

Justement, comment as-tu découvert ton penchant pour le BDSM ?

J’ai commencé il y a trois ans. Je sortais avec un mec qui m’a initié.

Était-ce déjà un fantasme ?

Oui et non. J’étais curieux de cet univers, j’aimais déjà le toucher du latex, mais je n’aurais jamais pensé y mettre les pieds. Quand j’ai commencé à fréquenter mon ex, je ne savais même pas que c’était son truc !

Les premières fois, on couchait ensemble « normalement ».

Comment l’a-t-il  abordé ?

Assez naturellement, en fait. Il m’a expliqué que le sexe « traditionnel », ce n’était pas vraiment son truc et que, si j’étais partant, il aimerait bien me montrer autre chose.

Comment as-tu réagi ? As-tu pris peur ?

Pas vraiment. Je n’étais pas entièrement rassuré, bien sûr, mais je savais qu’il me guiderait. Alors je me suis laissé tenter…

Aussi facilement ?

Je sais que c’est fou, mais oui. Quand il m’en a parlé, j’ai ressenti une énorme bouffée de chaleur. L’idée de braver un interdit, de découvrir un nouveau côté de ma sexualité… ça me parlait. C’est un peu comme quand tu fumes ta première clope : tout le monde te dit que ce n’est pas bien, mais tu as envie de désobéir.

Ça n’a rien à voir avec mon enfance, d’ailleurs ! Mes parents ne m’ont jamais mis une seule fessée.

Peux-tu nous en dire plus sur ton « initiation » ?

Disons que ça prend du temps. On peut pas tout faire du jour au lendemain, il faut y aller progressivement. C’est le problème aujourd’hui, les gens ne se rendent pas compte des risques potentiels… Mais le plus important, c’est de construire une confiance et d’établir des limites. Quand on devient esclave, on se laisse complètement aller. On ne peut pas faire ça avec n’importe qui, il faut une certaine connaissance de l’autre.

Je vois… Cela dit, j’ai trouvé ton profil sur une application de rencontres. Comment procèdes-tu avec des inconnus ?

On peut faire des rencontres sur Internet et prendre son temps ! Même quand je suis sur Grindr, je ne rencontre jamais le mec tout de suite. Il doit toujours y avoir une phase de discussion.

Y a-t-il des accords d’exclusivité entre un maître et son esclave ?

Souvent, mais pas forcément. Et puis, plus que de l’exclusivité, c’est une autre sorte de fidélité. On se jure appartenance, mais ça peut se faire sans monogamie. Une bonne partie de la sexualité BDSM se vit en soirée, avec plusieurs partenaires.

As-tu un maître, en ce moment ?

Oui.

Êtes-vous en couple ?

Depuis un an. Si jamais tu te poses la question, il n’y a qu’au lit que je le laisse commander…!

Penses-tu que je pourrais l’interviewer, lui aussi ?

Je ne sais pas. Je peux lui demander… •

Cet article fait partie de la série #8 — Fais-moi mal…

* À la demande de la personne concernée, le prénom a été modifié.

(Crédits photo de couverture : Steven Klein pour V Magazine)