Souhaitant en connaître davantage sur le sadomasochisme, je rencontre Pierre*, esclave sexuel épanoui. Après m’avoir raconté son cheminement vers l’extase de la fessée, il me dit s’être trouvé « un maître ». Ma curiosité piquée au vif, je demande à le rencontrer. Grâce à l’insistance de mon nouveau complice, celui que nous appellerons Louis* accepte finalement…

Le rendez-vous est fixé un vendredi soir à leur appartement, derrière Daumesnil. Un homme vêtu d’une combinaison en latex m’ouvre la porte… le visage derrière un masque de chien.

« C’est moi ! Entre, sois le bienvenu ! »

Je reconnais la voix de Pierre.

« Je ne m’attendais pas à te voir en tenue.
– On attend du monde un peu plus tard, ce soir ! »

L’appart est mignon, c’est un charmant deux pièces décoré dans des nuances pâles. Rien n’évoquant un donjon. « Pour info, on est sobres, nous. », me dit mon hôte en me tendant une vodka-tonic. « On ne joue jamais ivre, ce serait trop dangereux. Louis t’attend dans la chambre. Vas-y, il ne va pas te manger… »

J’avance et tombe nez à nez avec une incarnation des dessins de Tom of Finland (illustrateur homo-érotique des années 50, ndlr). Si ma mère savait que j’étais là…

(Crédits : Steven Klein pour Interview Magazine)
Louis ?

Tout à fait.

Merci de me recevoir. Était-ce ton idée, me demander de venir juste avant une de vos soirées ?

Qu’est-ce que tu en dis ? (en pointant son costume du doigt, ndlr.)

Pas mal, pas mal… 

Il est taquin ! (rires.)

Et curieux, en prime ! Organisez-vous souvent ce genre d’événement ?

Une ou deux fois par mois. La plupart du temps, on est juste tous les deux, mais c’est bien d’avoir un peu de compagnie de temps en temps…

Justement, Pierre me parlait de l’importance d’établir une confiance avec son partenaire. Est-ce le cas pour toutes les personnes qui seront présentes ce soir ?

Oui, complètement. On se connaît tous depuis plusieurs mois, c’est un cercle régulier.

Puis-je te demander ton âge ?

37 ans.

Et comment as-tu découvert ton goût pour la domination ?

Il n’y a eu pas de moment charnière, ça s’est fait progressivement. Et puis j’ai eu 20 ans à peu près au moment où les gens commençaient à tous avoir Internet. Ça m’a beaucoup aidé.

Dans quelle mesure ?

Les sites pornos avaient souvent un forum plutôt actif, certains en ont toujours. Grâce à ça, j’ai pu échanger, rencontrer des hommes et des femmes qui ont été déterminants dans la construction de ma sexualité. Ils m’ont permis d’explorer qui j’étais et ce dont j’avais envie.

Quand as-tu rencontré Pierre ?

Il y a un an et demi. C’était dans une soirée leather en boîte, on ne s’est plus jamais quittés !

Vos proches sont-ils au courant de vos penchants ?

Quelques amis. Malheureusement, la société y voit toujours un vice, même si ça commence à changer. Pierre m’a raconté qu’il t’avait dit travailler en banque. Tu imagines si ça se savait ?

C’est sûr… Si tu avais un message à faire passer, quel serait-il ?

Tout ça, c’est sexuel. Dans le fond, ce n’est qu’un jeu. On n’est pas de mauvaises personnes, encore moins des violeurs. On a un niveau d’écoute que la plupart des couples n’ont pas. On est extrêmement respectueux ! Reste ce soir si tu veux, tu verras… •

Cet article fait partie de la série #8 — Fais-moi mal…

* À la demande des personnes concernées, les prénoms ont été modifiés.

(Crédits photo de couverture : Steven Klein pour Interview Magazine)