Le tonnerre des avions de chasse gronde. Le ciel éclate toutes les treize secondes. Des bâtiments brûlent, la température monte. Les sirènes hurlent, des hommes débarquent en trombe. Les rues se remplissent, deviennent vite noires de monde. Le début d’une course sous un soleil de bombes…

Je découvre le bruit des canons, des balles qui brisent le mur du son. Les chiens aboient à en perdre la raison. Orgie de coups de feu, « boum » des déflagrations. Certains abandonnent, préfèrent se jeter du pont. Des familles, des vieillards, des nourrissons font le grand plongeon. Les fusils crient plus fort que la population.

Les masses se hâtent, détalent au grand galop. Le sol semble carrelé de cadavres, je les évite à chaque saut. Non loin de moi, une mère qui porte son marmot. Un poupon aux longues boucles châtain, petite chemise blanche et culotte verte à carreaux. Son visage est déformé par le chagrin, effrayé par les flammes du chaos. Elle s’arrête quelques mètres plus loin, le pose puis se met à son niveau. Elle l’enlace, le serre contre ses seins, lui souffle quelques mots. Elle fuit sans se retourner, le gamin éclate en sanglots. Elle largue son fragile fardeau, fuit pour sauver sa peau.

Mes genoux s’enrayent, je cours encore et encore. Je cherche bêtement une issue à mon sort. Je tourne à gauche quand soudain, plus personne dehors. Les civils se taisent, seul un soldat souffle dans son cor. Pas l’ombre d’une âme ni d’un corps, je suis l’unique personnage de ce décor. Mon Dieu, serais-je déjà mort ? •

Cet article fait partie de la série #9 — Make love, not war ?