Je n’accroche pas avec les concours de miss. Les candidates brillent davantage par leur silence que leur esprit, leurs robes du soir laissent supposer l’existence d’un partenariat secret avec TATI, et je n’ai jamais vraiment compris en quoi consistait le rôle de la gagnante — à part distribuer des rubans au festival de la saucisse de Strasbourg.

Pourtant, certains de mes amis ne manqueraient ce genre d’émission pour rien au monde. Comme pour beaucoup d’hommes, la raison principale tient en un seul mot : bikini.

Et si les États-Unis, créateurs de ce concept, décidaient néanmoins de le revoir ? Une nouvelle ère serait-elle en train de s’initier dans le monde des tiares et du kitsch ?

La tourmente post #MeToo

Rien ne serait arrivé sans le scandale de l’affaire Weinstein.

Jusque fin 2017, l’organisation Miss America est dirigée par un certain Sam Haskell… jusqu’à ce que certains de ses anciens mails ne fassent publiquement surface. Accusé de grossophobie, de misogynie et de sexisme — en même temps, ne faut-il pas l’être pour tenir une telle entreprise ? —, il se voit dans l’obligation de démissionner.

Pour le remplacer, on fait appel à la journaliste TV Gretchen Carlson. Figure de proue du mouvement #MeToo outre-Atlantique, elle dénonce le harcèlement sexuel dans le milieu des médias. Du pain béni pour le conseil d’administration, qui s’achète ainsi une crédibilité féministe. Sous son impulsion, « le concours de beauté devient une compétition, jugeant les candidates sur leurs compétences au lieu de leur physique »

La machine du women washing

Avant de quitter la Fox (en empochant 20.000.000 $ au passage), Carlson anime le talk show Fox & Friends, dans lequel elle s’interroge notamment sur les origines de Barack Obama, et la disparition des symboles culturels du pays. En d’autres termes, on remplace un misogyne par une raciste…

Le programme vend son reboot en mettant l’accent sur les aptitudes des miss, comme si leur talent à faire la majorette ou pousser la chansonnette avait plus de poids pour changer le stigmate du « sexe faible ». À ce propos, dans son effort pour redorer son blason, Miss America aurait pu faire preuve d’inclusion plutôt que de simplement procéder à des changements de costume. Le programme ne serait-il pas plus en phase avec son supposé message en acceptant des participantes de plus de 25 ans, des handicapées ou encore des femmes transgenres ?

Au mieux, l’émission deviendra une version faussement intellectuelle de Incroyable Talent avec des bonnasses, dont la gagnante remettra forcément son maillot pour Miss Univers l’année suivante. Du reste, qu’elles soient en monokini ou en jogging, il n’y a pas grand chose de féministe à juger et classer 50 femmes après les avoir fait parader sur un podium. •

Cet article fait partie de la série #10 — Make America Cool Again.

(Crédits photo de couverture : Cosmopolitan)