Malgré la montée en puissance de la mode gender neutral (marques refusant la vision binaire masculin / féminin, ndlr), les rayons de nos boutiques préférées restent différenciés selon le genre supposé du porteur.

Pour autant, certains hommes souhaitent foncièrement pouvoir se servir chez les femmes. Il ne s’agit donc plus de porter une robe « dégenrée », pensée pour tout le monde, mais bien de la volonté de s’approprier une pièce féminine. On parle alors de travestissement, ou cross dressing pour les plus mondialisés d’entre nous.

Phénomène aussi vieux que l’histoire, il demeure toujours entouré de tabou — particulièrement quand c’est le « sexe fort » qui enfile des attributs du genre opposé. D’où vient ce désir ? Comment se matérialise-t-il ? De quelle manière le gérer au quotidien ? Doit-on systématiquement assimiler travestissement et transidentité ?

Thomas*, dit Claudia, éclaire notre lanterne…

(Crédits : Collection Sébastien Lifshitz)
 Avant que je ne fasse une gaffe, préfères-tu que je t’appelle Thomas ou Claudia ?

Thomas. Quand je suis habillé en homme — donc la plupart du temps — c’est Thomas.

Très bien, Thomas. Peux-tu nous en dire un peu plus sur toi ?

J’ai 42 ans. Je suis informaticien, célibataire et j’habite Paris.

Peux-tu nous en dire un peu plus sur Claudia ?

Bien sûr… (rires) Claudia est mon alter ego féminin, celle que je deviens quand je porte des vêtements de femme. Elle me fait me sentir plus libre, plus sûr de moi.

Que veux-tu dire ?

Je ne sais pas vraiment, en fait. C’est juste qu’elle se fiche de tout, vit sa vie pour elle et sans trop réfléchir.

Comment as-tu découvert son existence ?

Elle n’est pas apparue d’un coup. Je pense qu’elle a toujours été là, mais je l’ai découverte progressivement.

Dans ce cas, quand as-tu su que tu aimais te travestir ?

Oh, j’étais gamin… Sept ans, peut-être huit…

Ma maman était une femme très élégante, jamais sans son collier de perles. J’aurais pu passer des heures dans son placard ! Je ne sais pas pourquoi, il me fascinait. Un jour où j’étais seul à la maison, je suis allé dans sa chambre et j’ai mis ses vêtements. J’ai ajouté quelques-uns de ces bijoux, et j’ai terminé par son rouge à lèvres. Je ne m’étais jamais trouvé aussi beau.

Je me dis parfois que je l’aimais tellement, que je voulais lui ressembler.

Comment l’as-tu géré en grandissant ?

C’était compliqué ! Et puis, tu sais, on ne parlait pas d’homosexualité à l’époque. Alors le travestissement, encore moins ! J’ai vraiment pu m’épanouir en arrivant à Paris, quand j’ai pris mon premier appart seul.

Tes parents t’ont-ils déjà surpris ?

Non, il y a des choses que les parents ne sont jamais censés savoir !

Je comprends. Du coup, quand laisses-tu la place à Claudia ?

Quand je suis chez moi. Dès que je rentre du travail, j’enlève mes baskets et je mets mes talons. Parfois en boîte, aussi, dans les soirées les plus open.

Pourquoi informaticien, d’ailleurs ?

À l’époque, tout le monde disait que la technologie, c’était l’avenir. Qu’on aurait toujours du boulot. Je ne savais pas quoi faire, alors je me suis lancé là-dedans. Et puis, ça me plaît de ne pas avoir à rencontrer de monde. Je reste dans mon coin, tranquille…

De toute façon, à part devenir drag queen ou prostituée, je ne vois pas ce que je pourrais faire en Claudia. Alors franchement, peu m’importe tant que je gagne bien ma vie. Informaticien, ça me convient.

Ne ressens-tu pas de frustration ?

Non. J’ai vraiment intégré que le boulot, c’était juste une histoire de fric. Je n’y cherche pas d’épanouissement. Je fais ce que j’ai à faire, et je prends ce que j’ai à prendre.

Je vois. As-tu déjà considérer une chirurgie de réassignation sexuelle ?

J’y ai déjà pensé, mais ce n’est pas mon truc. Je ne veux pas de changement permanent, j’aime pouvoir être Thomas et Claudia. Le plus souvent, c’est Claudia que je préfère, mais je suis content d’avoir Thomas de temps en temps.

Changes-tu quelque chose lorsque tu es en couple ?

Selon le gars, ça m’arrive d’être plus ou moins homme ou femme. Dans tous les cas, c’est quelque chose qu’ils savent dès le départ, donc il n’y a pas vraiment de surprise.

Peux-tu nous parler de ta vie sexuelle ?

Tu dois bien avoir une petite idée(rires). Claudia a une vie sexuelle, Thomas n’en a aucune. Tu serais surpris du nombre d’hommes qui fantasment sur les trav’… •

Cet article fait partie de la série #11 — Confusion des genres.

À la demande de la personne concernée, le prénom a été modifié.

(Crédits photo de couverture : Collection Sébastien Lifshitz)