Si le Christ Rédempteur veille effectivement sur le Brésil, vous ressentirez davantage sa présence au Pérou. Avec moins de 3 % d’athées, le pays compte parmi les plus religieux du monde chrétien. Les cours de catéchisme sont obligatoires à l’école. La constitution reconnaît officiellement l’influence de l’Église dans la société, les hauts membres du clergé participent à l’élaboration des lois. Autrement dit, Jésus est partout.

Dans ce contexte, on ne peut qu’imaginer les difficultés rencontrées par la communauté LBGT+, notamment les femmes transgenres. Fréquemment victimes d’agressions, elles sont emmenées à l’écart dans les hôpitaux et n’ont pas systématiquement accès aux soins. Quasiment interdites d’université, la plupart finissent sur le trottoir. Rejetée par la morale, leur vie se résume tristement à l’exclusion et la violence.

En réponse à cette situation, le duo de photographes Barboza-Gubo & Mroczek se consacre au projet Virgenes de la Puerta (« Les Vierges de la Porte », ndlr). Pendant quatre ans, ils rencontrent plusieurs transgenres afin d’appréhender leur quotidien, comprendre leur combat afin de mieux les défendre. Jouant sur l’importance de la place occupée par la religion, ils s’approprient l’esthétique liturgique pour les transformer en saintes devant l’objectif.

Un soin particulier est apporté aux détails, les accessoires étant même fabriqués par les artisans locaux qui fournissent l’Église. Chaque portrait dégage un mélange de symboles, de force et de vulnérabilité. Au-delà de la provocation, il s’agit surtout d’une manière de réintégrer ces femmes dans une culture qui les a bannies, en utilisant les codes qui leur sont chers…

Peu après la parution des photos, un membre du Congrès propose un projet de loi punissant le blasphème d’une peine minimale de deux ans d’emprisonnement. Le gouvernement a beau s’interroger sur les limites de la liberté d’expression, un véritable débat se crée enfin autour de leur condition. De nombreuses batailles restent à mener, mais les transgenres péruviennes possèdent à présent de nouveaux modèles de fierté. Preuve que l’art est nécessaire… •

Cet article fait partie de la série #11 — Confusion des genres

(Crédits : Barboza-Gubo & Mroczek)