Dans le genre égocentrisme, on fait difficilement mieux que Kanye West. Même si l’auto-congratulation est légion dans le hip hop, c’est indéniablement au rappeur de Chicago que la palme du melon revient.

Se considérant comme le plus grand artiste de sa génération — « I am Picasso, Walt Disney and Steve Jobs » — il peut au moins se targuer de ne laisser personne indifférent. À vrai dire, il est même probable que le mantra Kanye loves Kanye soit l’un des éléments essentiels de sa réussite. Alors que ces dernières semaines sont marquées par son retour dans le Billboard, la théorie se confirme-t-elle ?

Du génial au gênant

En avril 2018, Kanye rejoint Twitter, entamant ainsi un flux ininterrompu de déclarations qu’il désigne comme son « livre écrit en temps réel ». Alternant comparaisons entre sa fortune et celle de Michael Jordan, informations sur son prochain album et soutien à Donald Trump, il manque de cohérence et sème la confusion.

Sa mégalomanie atteint son paroxysme lorsqu’il compare l’esclavage à une forme de choix. Là où la majorité s’indigne, ses fans le soutiennent et brandissent la pancarte de l’expression artistique. « Après tout, Yeezus est celui qui a déclaré à la TV que Bush se fichait des Afro-américains. Il doit forcément s’agir d’une performance, on comprendra tout avec son album ». Avec brio, il suscite engouement et théories autour d’un projet encore inexistant…

« I hate being bipolar, it’s awesome »

Pour la sortie de ce fameux opus, il réalise la prouesse de rendre hype le rural état du Wyoming. Autour d’un énorme feu de joie sur un terrain vague, pour laquelle il « transforme des jets privés en Uber« , la grande révélation a enfin lieu…

Côté critiques, le constat est mitigé. Malgré ses qualités, l’album manquerait de préparation, d’autant plus lorsqu’on sait que les paroles sont écrites dans les deux semaines précédent sa mise en ligne. Sans répondre à ses détracteurs, l’artiste ne ferait qu’effleurer des polémiques qu’il crée lui-même. Pour ce qui est de la reconnaissance de sa bipolarité, elle s’apparenterait plus à un pied-de-nez qu’une véritable déclaration. Une opinion dont le public fait fi, préférant surtout parler d’introspection.

Très vite, Ye atteint d’ailleurs la première place des classements, permettant à Kanye de battre le record du plus grand nombre d’albums consécutifs classés #1. Dans la foulée, il produit quatre autres disques sortis à une semaine d’intervalle chacun, dont trois se classent également au top. Quant à ses déclarations sur l’esclavage, à l’heure où il affirme vouloir sortir 52 albums en 52 semaines, plus personne ne semble y penser. Et si l’autolâtrie était finalement la clef du succès ? •

Cet article fait partie de la série #12 — Miroir, mon beau miroir…

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