Si ce n’était pas pour l’art, il y a longtemps que je me serais suicidée. 

Pour beaucoup, Yayoi Kusama est considérée comme la plus grande plasticienne encore vivante. Née au Japon en 1929, son enfance est troublée par des hallucinations. Elle voit apparaître des « auras », des fleurs et d’immenses étendues de points jaillir à partir du vide…

Profondément marquée, elle a des formes plein la tête lorsqu’elle pose ses valises dans les États-Unis des années 60. En phase avec la contre-culture de l’époque et la vague hippie, elle crée ses premières installations grandeur nature. Dans le genre, l’histoire retiendra notamment Grand Orgy to Awaken The Dead (« Grande Orgie pour Réveiller les Morts », ndlr) : les participants, dont elle peint le corps nu de pois colorés, pénètrent les jardins du Museum of Modern Art de New-York et simulent des rapports sexuels avec des statues.

(via Pinterest) 

Il faut bien reconnaître l’obsession de l’artiste pour le sexe, sans doute depuis l’époque où sa mère l’envoie espionner son père et ses maîtresses. Pour autant, le plus grand thème de Kusama reste sans doute sa recherche de l’infinité…

En 1966, elle s’invite elle-même à la Biennale de Venise et présente Narcissus Garden (« Le Jardin de Narcisse », ndlr). Pas moins de 1.500 sphères sont disposées devant le Pavillon Italien, formant ce qu’elle décrit comme « un tapis cinétique ». N’importe qui le foulant voit ainsi son reflet répliqué sur un miroir sans limites. Critiquant au passage notre obnubilation pour nous-mêmes, Kusama propose aux passants d’acheter une sphère pour 2$ : le narcissisme est maintenant à vendre.

(via Pinterest)

Mythique, l’oeuvre est régulièrement réinstallée depuis. Après le Brésil en 2009 et Paris l’année suivante, elle fait son retour cet été dans un ancien garage désaffecté du Queens. Portant encore plus de valeur et de sens à l’ère des réseaux sociaux, il y a fort à parier que des nuées de curieux l’immortalisent par un selfie, directement partagé sur Instagram.

Quant à l’artiste, elle vit de son plein gré dans un asile psychiatrique depuis les années 70… duquel elle ne sort que pour (re)créer. •

(via Bedford + Bowery)

 Cet article fait partie de la série #12 — Miroir, mon beau miroir…

(Crédits photo de couverture : V Magazine)