Les gens ne retiennent que mon visage. Un séducteur aux mille conquêtes, infidèle et volage. Un crétin insouciant qui écrit chaque jour une nouvelle page. Vivant en vol plané, sans atterrissage ni décollage. J’ai fini par confondre réalité et mirage…

Qu’adviendra-t-il quand je ne serai plus beau ? Lorsque mes os seront vieux, que les années auront marqué ma peau ? Dira-t-on de moi que je suis laid et sot ? Je deviendrai la risée des dévots, on me jettera au caniveau. Mon nom sonnant comme un vulgaire mot.

Le temps est mon ennemi, m’impose sa punition. Le sable tombe sans interruption, la Terre poursuit sa rotation. J’aurais beau lutter, je manquerais toujours de munition. À quoi bon si le voyage ne changera pas de destination ? Je préfère tirer ma révérence sous les acclamations, avant de connaître l’abandon… De l’eau remplit déjà mes poumons, voyons si ce lac est profond.

Une histoire imaginée autour de Narciso, peinture de l’artiste Andrea Esposito (2013).