Lors de son défilé croisière en mai 2017, Gucci présente une veste qui retient toute l’attention. Sur une base en (fausse) fourrure, d’immenses manches bouffantes en toile monogrammée sont ajoutées… ce qui n’est pas sans rappeler le modèle porté par la médaillée olympique Diane Dixon dans les années 80, pour le coup aux couleurs de Louis Vuitton.

1989 vs. 2017.

S’il est difficile de manquer la ressemblance, la situation est plus ironique qu’il n’y paraît… En 1989, le malletier des Champs-Élysées ne possède pas encore de ligne de vêtements. Le blouson de l’athlète américaine est donc tout bonnement un fake, dessinée par le plus célèbre des tailleurs de Harlem : Dapper Dan.

La contrefaçon aurait-elle inspiré la couture ?

« Dress to impress »

Pour Daniel Day, dit Dapper Dan (« Dan l’élégant », ndlr), la mode n’est pas une vocation immédiate. Né en 1950, il passe une partie de sa vingtaine derrière les barreaux pour une histoire de drogues. À sa sortie, il reprend ses études, puis s’envole en Afrique à la recherche de ses origines.

De retour à New-York, il ouvre son adresse en 1982. Ouverte 24/7, il y dessine les vêtements sur place, puis les fait réaliser sur-mesure dans son arrière boutique. Grâce à une technique de sérigraphie, il appose les logos de marques de luxe — Gucci, Louis Vuitton et MCM en tête de liste — sur des blousons en cuir, des survêtements, des sièges de voiture… Les monogrammes sont détournés, colorés, traités comme les motifs des tenues en wax zaïroises qu’il découvre pendant ses voyages.

Le succès ne se fait pas attendre. Reléguée au second rang, le vêtement sert de forme d’expression à la communauté afro-américaine — un rappel de sa présence, autant qu’une forme d’affirmation. Bijoux, fourrures, voitures… Elle transforme le style en arme pour imposer un modèle de réussite. Le logo est un signe extérieur de richesse, les créations du designer deviennent alors l’emblème d’une fortune.

Bobby Brown, les Salt-N-Pepa et Mike Tyson compte parmi ses clients les plus fidèles. Au début des années 90, le boxer est photographié dans un blouson Fendi inconnu au bataillon. L’avocate de la Maison — devenue juge de la Cour Suprême depuis — s’empresse de faire tomber Dapper Dan. Suite à plusieurs autres affaires similaires, il met définitivement la clef sous la porte en 1992. L’histoire s’arrête brutalement ici, avant de reprendre 25 ans plus tard…

Dapper Dan et le rappeur LL Cool J, en « Louis Vuitton » et « Gucci ». (1986)

Gucci Gang, Gucci Gang, Gucci Gang !

Immédiatement après le défilé, les accusations de plagiat fleurissent. Répondant dans un communiqué de presse, la griffe italienne assume pleinement l’inspiration. Quelques semaines plus tard, elle fait même poser l’enfant de Harlem pour une campagne publicitaire, avant d’ouvrir une boutique éphémère au coeur de son quartier. La toute première enseigne du genre à s’y installer.

Le duo poursuit en dessinant ensemble les costumes de Beyoncé pour sa tournée On The Run II et, après de longs mois de teasing, viennent de dévoiler toute une collection Gucci x Dapper Dan qui affole déjà les as du street style.

D’après Alessandro Michele, génie derrière Gucci :

Il est temps de dire que la mode ne s’arrête pas aux vitrines d’un magasin de la Cinquième avenue. C’est plus que ça. C’est une question de culture. C’est une question d’expression personnelle. C’est l’expression d’un point de vue.

 

Plus encore, il s’agit de reconnaître l’influence d’un visionnaire. Avant Dapper Dan, l’idée d’allier la rue et le luxe est absolument inconcevable. Plus de 25 ans en arrière, il imagine un style s’appuyant sur la logomania, à l’époque où beaucoup de Maisons la considèrent encore vulgaire. Son travail préfigure l’esthétique de notre époque, envisage déjà un vestiaire à la croisée des genres. Le streetwear couture est en réalité inventé par un faussaire, et on l’en remercie… •

Cet article fait partie de la série #13 — Copy Cat !

La collection Gucci x Dapper Dan est disponible ici.

(Crédits photo de couverture : Ari Marcopoulos pour Gucci x Dapper Dan)