Si, comme moi, vous avez des parents plutôt traditionnels, sans doute vous ont-ils déjà dit : « Ta génération va à vau-l’eau. On savait se tenir, à notre époque ».

On en a fait du chemin, depuis la légalisation de la pilule et l’arrivée du préservatif dans le métro. Dès le matin, les émissions de télé-réalité projettent des candidats passant leur vie en maillot de bain. On peut regarder un porno à peu près n’importe quand sur son téléphone. Tinder, Happn et AdopteUnMec nous permettent de « connaître » notre quartier mieux que n’importe quelle fête des voisins — pas besoin de feuilletés aux knackis quand on a Grindr.

Bercée dans le numérique, notre génération a donc tout pour coucher. Et si je vous disais pourtant que mes parents avaient tord ? Que la sexualité des jeunes était plus précoce à leur époque ? Alors que nous avons grandi devant American Pie et Beverly Hills, pourquoi certains vont-ils même jusqu’à choisir l’abstinence ?

Relevez votre braguette, on mène l’enquête.

La perte de virginité, Paul Gauguin, 1891.

Métro, boulot, porno

La génération Y a deux fois plus de chance d’être sexuellement abstinente durant la vingtaine que ses aînés baby boomers. Ce n’est pas moi qui le dit, mais l’Académie Internationale de Recherches Sexuelles.

Surprenant ? Pas tant que ça. Tandis que le Master devient la norme, tout porte à croire que notre carriérisme tue notre libido. On pense à nos missions plus qu’au missionnaire, l’argent avant l’orgasme. Le mythe Blue Mountain State est mort : d’après l’OCSLS, un étudiant américain sur cinq est diplômé sans avoir perdu sa petite fleur. Sans compter sur le Tanguy, qui reste chez ses parents sans forcément pouvoir inviter un(e) camarade de jeu.

D’autres mettront la faute sur les écrans. Pornhub est à une portée de clic… tout comme Netflix ou Instagram. L’ado du siècle dernier se contentait d’une Playstation et devait voler les Playboy de son père. À présent sur-sollicité, tout serait si facilement accessible que ses priorités et ses occupations auraient logiquement changé. Le sexe serait alors une source de plaisir comme une autre, mais loin d’être la plus importante.

Crédits : Suzy Kellems Dominik.

Se refaire une virginité

Tandis que l’ère des millennials est proclamée hook-up culture, les chiffres semblent pourtant indiquer le contraire. Au-delà des études menées, et de mes moeurs personnelles, j’étais donc curieux de connaître les motivations des jeunes se désintéressant de la chose…

Salut, Julie. Peux-tu commencer par te présenter ?

Je m’appelle Julie, j’ai 23 ans et je suis étudiante en marketing à Paris.

Je vais y aller bille en tête ! À quand remonte ta dernière relation sexuelle ?

Effectivement (rires) ! C’était il y a presque un an.

Étais-tu en couple ?

Non. Je n’ai pas choisi l’abstinence après une rupture traumatisante, ou un truc du genre. J’ai juste réalisé que je consacrais trop de temps à chercher un partenaire.

En général, quand je trouvais un mec avec qui m’amuser, c’était sur Tinder. Mais ça demandait beaucoup trop d’efforts. Discuter, aller boire un verre… la flemme.

Et les coups d’un soir ?

Cette option ne m’intéresse pas non plus. J’ai besoin de connaître la personne un minimum, pas seulement après trois verres en boîte.

Pourtant, connaître une personne demande du temps. N’est-ce pas justement ce que tu reproches à Tinder ?

C’est un peu bizarre dis comme ça, oui (rires). Mais avec Tinder, il y a aussi cet aspect « supermarché » qui me dérange. Je ne peux pas m’empêcher de me dire qu’un mec parle à dix autres filles en même temps. D’un autre côté, je le faisais aussi… mais ça ne me plaisait pas non plus d’avoir à le faire.

Je te l’accorde, c’est presque une règle sur les applis. Cela ne te convenait pas ?

Pas du tout. Je n’aime pas qu’on me voit comme une option…

T’arrive-t-il de ressentir un manque ?

Je suis très ouverte sur la masturbation, donc pas spécialement. Même si j’aime le sexe, je suis suffisamment épanouie pour trouver mon équilibre sans. Je n’ai pas non plus envie d’être en couple. Mes études me passionnent, mes amis m’entourent. J’ai une vie déjà bien remplie !

Justement, est-ce que tes amis connaissent ton choix ?

Ça reste quelque chose d’intime, donc je ne vais pas non plus le crier sur tous les toits. Mais les plus proches sont au courant, oui. Ils le comprennent complètement.

Penses-tu qu’il s’agisse d’une décision définitive ?

Quand même pas, j’aimerais fonder une famille un jour. Mais je ne me pose pas encore la question. Tout ce qui compte pour le moment, c’est moi...

Cet article fait partie de la série #16 — Bigger than Jesus.

(Gif via Giphy)