Le terme ne vous dit peut-être rien, mais vous savez forcément ce qu’est le sagging. Héritée de l’univers carcéral, cette pratique consiste à porter son pantalon oversize sans aucune ceinture, tombant à mi-fesse, à la manière d’un détenu.

Si jamais vous décidez de visiter notre ancienne Louisiane — depuis vendue aux rednecks esclavagistes — tâchez de garder votre jean bien plaqué sur les hanches : le sagging y est considéré comme un délit, pouvant vous coûter entre 500 $ d’amende et 6 mois de prison.

Pour autant, ce ne serait pas la première fois que notre vestiaire s’inspire du cachot. Quels sont les éléments pénitentiaires devenus des pierres angulaires de la mode ? Revêtent-il encore une valeur symbolique, ou les podiums les ont-ils déjà totalement intégré ? Enquête…

Une cellule au Plaza

L’appropriation des codes carcéraux par la mode ne date pas de l’arrivée de Jay-Z et ses baggies, et est loin de toute notion de solidarité aux écroués. Dans l’Angleterre du XIXème, les prisonniers portent des ensembles rehaussés de rayures verticales. À l’époque, personne n’ose utiliser ce motif en raison de son inévitable connotation… jusqu’au jour où, pour on se sait quelle raison, la reine Victoria en affuble son jeune fils. Aussitôt, tous les tailleurs de l’élégante Savile Row en font un standard de leurs créations. Des fines « rayures tennis » des traders et banquiers, à l’épaisse version « craie » des parrains de la mafia, ce qui était un attribut de taulard est finalement devenu un symbole de pouvoir.

Deux-cents plus tard, le luxe veut toujours autant s’encanailler au parloir. Jeremy Meeks, détentionnaire au physique ravageur, se retrouve adoubé par la papesse Carine Roitfeld et devient l’égérie de Philipp Plein. Un peu avant, le label Hood by Air, jonglant entre hype couture et streetwear underground, consacre une collection à Fleury-Mérogis et ses consorts.

Loin de l’offense que vous pourriez déclencher en oubliant vos bretelles au Carnaval de la Nouvelle-Orléans, la mode fricote en fait avec la zonz depuis environ 200 ans. En revanche, le sagging a le mérite d’y accorder une portée symbolique au-delà de la simple notion d’apparat… et se trouve justement être la seule forme de cette expression pouvant vous mener derrière les barreaux.

Tout est dans l’imprimé. (Modèle collector Hood by Air.)

Sélection shopping : jail swag

À l’échelle mondiale, près d’un prisonnier sur quatre se situe sur le sol américain. L’art tailleur s’appuie depuis deux siècles sur un motif originellement destiné aux détenus, tandis que les fashion weeks se la jouent Guantanamo et que les rues continuent d’exprimer leur soutien aux enfermés. Sans transition, on laisse notre dressing traîner du côté du bloc D…

Avant qu’il ne devienne un vêtement à part entière, le tee-shirt blanc est né en tant que sous-vêtement. D’abord adopté par les soldats, puis la jeunesse rebelle des 60’s, il fait partie intégrante de la panoplie du prisonnier — et du rappeur, in extenso. Fidèle à l’esprit carcéral — ou workwear, au choix — on opte pour une coupe droite, aux volumes volontairement généreux. (Modèle Carhartt.)
Avant que les tailleurs ne s’en emparent, les rayures verticales étaient l’apanage des prisonniers du royaume britannique. À l’image de ce modèle, on opte pour un bicolore gris et noir, renvoyant à une esthétique un brin rétro. La coupe carotte structurée par des pinces apportent de l’ampleur à la silhouette, à contrebalancer avec un haut ajusté ou rentré dans le pantalon. (Modèle Yohji Yamamoto.)
Outre-Atlantique, l’orange est la couleur du pénitencier par excellence. Dans un contexte urbain, au milieu de pièces sobres, c’est le genre de vêtement pouvant instantanément réveiller une tenue. Le petit plus ? Les cordons aux poignets, à laisser pendre pour une allure nonchalante. (Modèle John Lawrence Sullivan.)
Bien qu’inventé par un couple de créateurs français — Marithé et François Girbaud — le jean baggy est une composante essentiel du streetwear afro-américain de la fin du siècle dernier. Intrinsèquement lié à une notion de revendication, l’hégémonie de la culture hip-hop a entraîné la dissolution du message dont il s’était fait l’incarnation. Quoi qu’on en dise, il possède également le pouvoir d’apporter du caractère à un look, sa coupe induisant également une puissante désinvolture. S’il est en toile japonaise, c’est encore mieux. (Modèle A.P.C.)
Modèle Buttero. Sans lacets, sans suicide. •

Cet article fait partie de la série #17 — Passage au placard.

(Crédits photo de couverture : Hood by Air)