Disons-le franchement : je n’ai jamais été de ceux préoccupés par l’environnement. Il m’arrive de prendre un Uber pour parcourir l’équivalent de trois stations de métro, j’ai la fâcheuse habitude de jeter mes mégots partout, et serai incapable de passer l’hiver sans Foxy, mon fidèle manteau en fourrure de renard argenté.

Au demeurant, il est impossible de nier les changements qui touchent actuellement l’industrie de la mode. En un an, elle émet à elle seule autant de CO2 que la totalité de l’aviation mondiale et produit autant de gaz à effet de serre que toute la Russie. Face à un constat aussi peu glamour, ce n’était qu’une affaire de temps avant que les podiums ne tentent de se racheter une conduite.

Entre green washing et réelles valeurs, la mode du futur sera-t-elle responsable ?

L’éthique, c’est quoi ?

L’éthique, c’est un peu le nouveau « chic » : un mot qu’on emploie à toutes les sauces, pour désigner des notions manquant souvent de clarté — volontairement, ou non. Parle-t-on de choix des matières ? D’emplois ? De respect de l’éco-système ? Malheureusement, la conscience des marques n’est pas forcément globale. À titre d’exemple, le cuir vegan protège les petites bêtes, mais s’appuie notamment sur le pétrole.

On ne peut donc traiter d’un tel sujet en abordant ses composantes de manière indépendante. Il s’agit finalement d’un système, où chaque variable influence les autres. Par conséquent, une mode responsable ne s’envisage qu’à condition d’un engagement environnemental autant que social.

La jouer naturel

Le polyester, fabriqué à partir des mêmes fibres que votre chère bouteille de VOSS, est l’un des tissus les plus polluants et les plus répandus. Environ 1/5ème de la pollution de l’eau dans le monde provient de la teinture et du traitement des textiles synthétiques. On pense à la planète, on ne porte pas de plastique. Soie, lin, coton, chanvre, laine… Misez sur des matières naturelles, aucun pull en acrylique n’est digne de vous.

Globalement, le luxe est moins concerné par ces préoccupations, dans la mesure où son artisanat et la qualité de ses matières imposent une démarche plutôt vertueuse. Pour autant, Zara, H&M et consorts semblent progressivement modifier leur ligne de conduite. Autrefois royaume incontesté du 0% coton, les mastodontes s’engagent à présent à réduire leur empreinte en installant des bornes de recyclage dans leurs boutiques, ou en développant des gammes issues de l’agriculture biologique.

Aimer son prochain

La mode ne sauvera pas Mère Nature sans se préoccuper de ceux qui la peuplent : la mise en place de pratiques eco-friendly implique celle d’un meilleur cadre de travail pour les ouvriers.

Le drame du Rana Plaza (effondrement d’un immeuble abritant des ateliers au Bengladesh, ndlr) et son millier de morts a marqué les esprits. S’il est délicat d’établir avec précision dans quelles conditions nos vêtements sont confectionnés, le lieu de fabrication et le prix sont souvent de bons indicateurs. J’ai beau être le premier à le faire, reconnaissons qu’il n’est pas normal d’acheter un tee-shirt au prix d’un paquet de clopes.

À lui seul, le jean cristallise tous les excès de l’industrie : sa fabrication demande littéralement une tonne d’eau, produit au moins autant de déchets, et peut provoquer des cancers chez les petites mains qui s’en chargent. En l’occurence, l’innovation technologique sert de locomotive au progrès des créateurs. Des filatures font du recyclage leur fer de lance, développent des pigments réduisant de moitié l’usage de l’eau, et aboutissent à de somptueux délavages par l’action de lasers.

Marithé et François Girbaud, créateurs star des années 80, sont des pionniers en la matière. Toutefois, cet éveil touche toutes les gammes. Côté luxe, Stella McCartney opte pour le coton bio, tandis que Saint Laurent choisit la rigueur centenaire de la confection japonaise. D’Everlane à Nudie Jeans, en passant par G-Star qui chronique la genèse de ses toiles en vidéo, il existe de nombreuses alternatives.

Une plongée dans l’envers du décor des toiles G-Star.

Prendre son temps

Alors que le nombre de collections est plus soutenu que jamais — six devenant la norme dans le luxe, sans compter la haute-couture — ralentir la cadence est un enjeu primordial pour les marques. Développer moins de références, miser sur une gamme de permanents et arrêter la production tous azimuts…

La tendance du see now, buy now (se procurer les créations d’un défilé dès qu’il s’achève, au lieu d’attendre leur arrivée en boutique six mois plus tard, ndlr) encourage une vitesse effrénée, et pose la question d’un prêt-à-jeter plus qu’à porter, ancrant le vêtement dans une dimension éphémère. Que l’on parle de fast fashion ou de luxe, l’instantanéité et l’obsolescence sont devenues des éléments à part entière de notre rapport à la mode. En une seconde, tout peut devenir has been.

Le premier effort consisterait donc à moins acheter. Privilégier des vêtements de qualité, qui n’auront pas à être renouvelés tous les ans. Sans aller jusqu’à opter pour un minimalisme absolu, mettre son dressing à la diète. 

Vive le vintage

« Ce n’est pas trop grand, c’est oversize ! Ça ne fait pas clochard, c’est hobo ! Ce n’est pas vieux, c’est vintage ! ». La mode a le chic pour donner de jolis noms à des concepts habituellement peu reluisants. Le vintage, qui n’est autre que du recyclage, s’avère être une solution solide. Il ne crée quasi aucune pollution, et présente l’avantage d’être robuste : il y a 30 ans, les vêtements avaient pour vocation de durer. Les matières étaient choisies avec soin, les finitions pensées pour résister. Une pièce vintage est une pièce qui vous accompagnera longtemps.

Alliant engagement et fashion system, certaines marques ne créent qu’à partir de tissus et pièces plus âgées que nous. RE/DONE transforme des jeans Levi’s de l’époque de nos parents en pièces modernes, tandis que Ronald van der Kemp dessine ses collections autour de tissus vieux de 40 ans. Et si l’avenir de la mode était finalement dans son passé ?

Robe en soie vintage Ronald van der Kemp. Disponible sur Farfetch.

Greenwashing et bonne conscience

L’industrie se structure, la liste d’organismes de contrôle et de labels s’allonge. Le Fair Fashion Center new-yorkais, qui réunit 35 PDG représentant 242 marques, oeuvre pour des conditions de fabrication décentes, tandis qu’OEKO-TEX accroît son influence sur l’origine des matières.

L’écologie a le vent en poupe, poussant certains à se déclarer concernés quand ils n’ont de vert que la couleur des dollars qu’ils amassent. Cependant, quelles que soient leurs motivations — et les sommes récoltées — ils ont tout de même le mérite d’exposer ces problématiques à des cibles l’étant peu autrement. En un sens, ils permettent d’étendre le message.

Du reste, si vous adorez passer vos samedis chez Zara, rien ne sert de vous flageller. Il s’agit de responsabilisation plus que de radicalisation, de comprendre la teneur du contexte. Par ailleurs, la mode durable — en dépit de toute sa bonne volonté — est incapable de répondre à un besoin : la tendance. Elle mise davantage sur un style intemporel, plutôt qu’à la pointe des magazines et sa constante évolution. Une sorte d’uniforme, loin de l’excentricité et du renouveau. Dès lors, personne ne vous demande de devenir un ayatollah du normcore ou du vintage. Ayez simplement conscience de vos achats et de leur impact.

Cet article fait partie de la série #20 — Planète bleue et mode verte.

(Crédits photo de couverture : Marithé + François Girbaud)