Combien de fois ai-je entendu « vous en faites trop, vous, les gens de la mode », ou encore « qu’est-ce qu’on en a à foutre des défilés, c’est importable de toute façon » ? Si la mode était une religion, les défilés seraient ses messes et la fashion week, son grand pèlerinage. Notre Saint-Jacquemus-de-Compostelle, une épreuve intense et profonde qui demande plus d’énergie que de rejoindre Médecins Sans Frontières dans la banlieue d’Alep.

Jouer des coudes pour réussir à sauter dans un Uber, direction le 8ème. Supporter les embouteillages, les touristes, les gamins qui espèrent être pris en photo à l’entrée. Devoir claquer des bises à des personnes qu’on déteste, se lever à 9h du matin… Trop de pauvres âmes craquent sous la pression, finissent par porter les mêmes chaussures deux jours de suite. Non, vraiment, il faut le vivre pour le comprendre. Ce doit être ça, la pénitence…

En fervent prédicateur, il est de mon devoir de partager ces quelques enseignements qui adouciront le parcours des martyrs du style. Courage, mes frères. Et souvenez-vous : se plaindre, ça fait beaucoup trop fan de Céline en 2018.

Un petit creux ?

Manger en public, c’est comme se balader nu : cela ne se fait pas, sauf à Berlin. Dans la mesure du possible, évitez aussi de manger en privé, on pourrait finir par se savoir. Si, par malheur, votre corps venait à reprendre ses droits et vous rappeler qu’il a besoin d’être nourri, pas de panique. Isolez-vous simplement dans un coin, et dévorez des vidéos Tastemade en suçant un glaçon du seau à champagne. S’il vous reste encore de la place après tout ça pour un dessert, craquez pour le plaisir d’un Tic-Tac et ses 2 kcal.

Mal aux pieds ?

En une semaine, vous solliciterez plus vos pieds qu’en un an de ce cours de pilates que vous avez payé sans jamais y aller. Ménagez-vous, portez des sneakers. En cas de force majeure, vous pouvez toujours louer un fauteuil roulant. C’est aussi le meilleur moyen d’être installé assis en front row, malgré votre carton d’invitation stipulant standing.

Déshydraté ?

Pratiquer la langue de pute donne soif, lécher des bottes encore plus. Pensez à toujours glisser une petite Evian dans votre sac, ou achetez une bouteille d’eau issue du Pôle Nord à 15 €, en prenant soin de la boire ostensiblement. Pour les plus téméraires, petite astuce personnelle : la vodka tonic a exactement la même apparence que le Perrier

Fatigué ?

After-show terminé à 4h du matin, premier défilé à l’autre bout de Paris à 10h. « Tu as besoin de repos, vivement Deauville », pensez-vous en inspirant votre rail de cocaïne. Dans le cas où la poudre magique ne fonctionnerait pas, il ne vous reste plus qu’une seule solution pour masquer votre gueule de déterré : cédez à la tendance de la balaclava, autrement connue sous le nom de cagoule, déjà repérée chez Gucci, Calvin Klein et dans le dernier clip d’A$AP Rocky. Notre petit conseil ? Évitez de la coupler à une large tunique noire, vous ne voulez pas passer pour un djihadiste.

Refusé d’un défilé ?

Honte, blasphème, disgrâce. Vous vous êtes vu refuser l’entrée d’un défilé tel un banal prolétaire. Peut-être avez-vous simplement oublié votre invitation chez vous, peut-être refusez-vous le risque de révéler votre âge en sortant une pièce d’identité. Peu importe maintenant. Entre le retard de rigueur, la présentation de la collection et le départ des spectateurs, cela vous laisse à peu près une heure pour user de tous vos réseaux sociaux et organiser un rassemblement des Gilets Jaunes sur le lieu de votre excommunication.

Vous disposez à présent de toutes les clefs, tentez de survivre jusqu’à la prochaine saison… •

Cet article fait partie de la série #23 — Le Spécial Fashion Week Homme.

(Les troubles alimentaires, l’abus d’alcool et l’usage de drogues sont à prendre au sérieux. En cas de besoin, n’hésitez pas à vous rapprocher de votre médecin ou de Drogues Info Services. GIFs via Giphy)