Quand on parle « capitales de la mode », on pense forcément au Big Four : New-York, Londres, Milan et Paris, dont les collections font frôler la syncope à des milliers d’adeptes chaque saison.

Pour autant, plusieurs métropoles tentent aussi de lancer leur fashion week, avec plus ou moins de succès. Celle de Tokyo est un véritable laboratoire expérimental, ravissant les amateurs de designs audacieux. Dubaï est une référence en matière de modest clothing, là où Lagos permet d’inscrire l’Afrique dans le paysage de la création.

Malgré tous ses efforts, y compris une présentation d’Escada l’an dernier, Los Angeles n’est jamais vraiment parvenu à s’imposer comme un épicentre. En d’autres termes, ses défilés n’intéressent pas grand monde — un peu comme avec le rap, vive la East Coast. Cela dit, la donne pourrait bien changer… Du 01 au 04 février, la Cité des Anges accueillera la Vegan Fashion Week (VFW), une première mondiale et historique dans l’univers des podiums.

N’étant pas encore assez connu, l’organisation n’a pas jugé utile de m’inviter — partagez cet article, et je recevrai peut-être un carton l’an prochain. En attendant, regardons déjà ce que cette édition nous réserve…

Une fashion week pas comme les autres

La mode vegan va au-delà du simple fait d’exclure le cuir et la fourrure, elle s’oppose à toute exploitation animale. Adieu laine, cachemire, angora, chameau ou alpaga. Au revoir les plumes, le duvet. Bye bye la soie… Bref, si l’on peut saluer l’engagement, il faut reconnaître que la quantité de synthétique qu’il implique n’est pas toujours très excitante.

C’est ce qu’entend changer la VFW, souhaitant promouvoir « l’avant-garde de la mode vegan ». Derrière ce projet, Emmanuelle Rienda, Française expatriée aux États-Unis qui veut nous convaincre que « ce n’est plus une affaire de style, mais de choix ». Contrairement aux fashion weeks habituelles, celle-ci est d’ailleurs ouverte à tous ceux qui achèteront un billet. Il s’agira d’une expérience plutôt globale, avec des conférences et des expositions en plus des défilés, showrooms et boutiques éphémères. Des stands de cuisine vegan entérinent la dimension lifestyle de l’événement, dépassant ainsi le cadre de mode stricto sensu.

En prime, la grande inauguration sera marquée par un discours de Robert Lempert, expert climatique et Prix Nobel de la paix en 2007. De quoi surprendre, d’autant plus quand on sait que les vêtements vegan ne sont pas forcément écologiques — la fausse fourrure reste du pétrole transformé, par exemple. Parlera-t-on donc de matières à la fois éco-responsables et cruelty free ? Affaire à suivre…

La VFW a reçu le soutien officiel de la PETA, qui sponsorise l’événement.

Vers une autre mode vegan ?

Le choix de la date n’est pas anodin, puisqu’elle se situe pile entre la haute-couture à Paris et le début de la saison femme A/H 2019-20 à New-York. En se plaçant ainsi au milieu de deux mastodontes du calendrier mode, la VFW se légitime et profite de l’effervescence générale. Elle a aussi une bonne raison de se tenir à Los Angeles : en septembre dernier, la ville a interdit la production et la vente d’articles de fourrure. Une décision qui intervient alors que la liste des grandes maisons décidant de la bannir ne cesse de s’allonger : Gucci, Chanel, Versace et, plus récemment, Jean-Paul Gaultier. Autrement dit, l’industrie semble de plus en plus favorable à ces changements ; peu importe finalement qu’ils soient motivés par de profondes convictions ou un excellent marketing.

Dès lors, on n’a plus qu’une seule envie : connaître les créateurs présents à la VFW pour jeter un oeil à leurs collections. Tandis que l’organisation devait en dévoiler la liste le 21 janvier, depuis le 22, elle a finalement décidé de la tenir secrète. Seuls les participants la connaîtront la veille de l’événement. Difficile de dire si ce rétropédalage tient plus du coup de communication que de la volonté de gagner du temps pour trouver davantage — de meilleurs ? — partenaires.

Au demeurant, si la VFW parvenait bel et bien à tenir ses promesses, elle pourrait définitivement changer le visage de la mode vegan. En plus de mettre en lumière des créateurs souvent confidentiels, et de contribuer à faire découvrir un style de vie à part entière, elle démontrerait que tendances et amour des bêtes ne sont pas forcément incompatibles. Alors, parviendra-t-elle à prouver que des alternatives durables existent ? •

Cet article fait partie de la série #24 — Se donner bonne conscience.

(Crédits couverture : Sandrine and Michael via Behance)