Je ne suis pas pauvre, je vous le promets ! Ce n’est pas parce que je n’ai aucun euro de côté, que ma conseillère est enregistrée sous le nom « ne décroche pas » et que je me suis surpris à comparer le prix au kilo de deux bouteilles de Martini que je suis pauvre, n’est-ce pas ? — au passage, prenez celle d’un litre…

J’aurais parfois aimé exercer un métier facile et léger où l’apparence n’a pas d’importance, mais il a fallu que je finisse dans la mode. Un monde impitoyable où l’on retient votre style avant votre nom, comme un épisode de Black Mirror dans lequel chaque paire d’yeux est un scanner qui vous juge en permanence.

J’ai bien tenté de monter un dossier Sofinco pour acheter un Birkin en croco, mais ma demande a été refusée. J’ai aussi pensé à vendre un rein sur le darknet, mais il aurait encore fallu ajouter 2.000 € pour ce collier Cartier auquel je pense quand je me masturbe. Tandis que je terminais ma boîte de Kleenex, j’ai alors eu une révélation : comme disent nos amis américains, fake it until you make it ! Après tout, Bernard Madoff et Nabilla y sont bien parvenus, eux.

Si vous pensez qu’il suffit de colorier sa carte bleue avec un marqueur noir, cet article est définitivement fait pour vous…

Avoir les bons accessoires

Pile dans la tendance utility, vous feriez forte impression avec votre ceinture Alyx Studio pour Dior… si seulement vous aviez les moyens de vous la payer. Nous passons notre vie à baver sur la maroquinerie et les accessoires en pensant qu’ils sont notre porte d’entrée vers le Valhalla du luxe, quand il ne nous en faut en réalité qu’un seul : le pistolet étiqueteur. Bénis soient le code de la consommation et son délai légal de rétractation.

Dans le cas où vous ne pourriez pas même avancer les frais, détendez-vous, il existe une parade : l’aimant à antivol, modèle universel.

Soigner son arrivée

Rien ne fait plus prolétaire que se déplacer à pieds. On raconte même qu’à l’époque où les notables avaient encore des châteaux à Boulogne et les pauvres, de la boue, une aristocrate dit à son cordonnier « je n’ai mis mes souliers qu’une fois, et ils sont déchirés ». Sa réponse ? « C’est que Madame a marché ».

Conclusion : tâchez de vous pointer dans une berline de couleur noire. Repérez la station de métro la plus proche, descendez deux arrêts avant, et commandez un Uber. Ni vu, ni connu.

Fréquenter les endroits branchés

Exister, c’est être vu — ou l’inverse, on a bu un peu trop de Martini à ce stade pour savoir. Les Bains Douches renaissent de leurs cendres, Kim Kardashian prend un jet pour manger un cheesecake à l’Hôtel Costes, le Ritz conserve toujours son aura exclusive : allez y faire un tour.

Personne ne vous demande de commander une bouteille de champagne, un simple café vous permettra amplement d’y rester une heure. N’oubliez surtout pas d’activer la fonction localisation au moment de prendre votre selfie…

Cultiver son image

En parlant de selfie, ne négligez pas vos réseaux sociaux. À condition de trouver le bon angle, le siège de la Société Générale à Fontenay-sous-Bois peut devenir un gratte-ciel de Manhattan. Avec le bon filtre, les Gorges du Verdon se changent en Grand Canyon. Du reste, il n’y a plus qu’à dégainer le hashtag #IntoTheWild comme si vous saviez vraiment qui était Jack Kerouac.

Assurer ses arrières

Au lieu d’acheter votre Rouge Coco ou votre Eau Sauvage chez Sephora, rendez-vous en grand magasin : même si vous ne prenez qu’un vernis à 25 €, on vous donnera un sac estampillé au nom de la maison. Gardez-le bien près de vous en toute circonstance. Si jamais votre carte de crédit est refusée à l’Intermarché en bas de chez vous, vous pourrez toujours vous exclamer « j’ai dû atteindre mon plafond » sans susciter la moindre once de pitié.

Fumer comme un pompier

À l’allure à laquelle le prix du tabac augmente, il faut être un héritier Rothschild pour continuer de fumer sans se soucier de son portefeuille. Oui, même vous, les altermondialistes qui roulez vos clopes…

Quoi qu’il en soit, souvenez-vous d’une chose : si vous vous faites démasquer, vous ne m’avez jamais lu. •

Cet article fait partie de la série #25 — Cheap, mais chic !

(Crédits couverture : XXX)