En 2017, De Beers (conglomérat sud-africain de diamantaires et marque de joaillerie, ndlr) annonce la construction d’un gigantesque bateau-mine prévu pour 2021. Son concept : aspirer les sédiments des fonds marins au large de la Namibie, qui grouillent de pierres précieuses — si vous pensez vous mettre à la plongée, laissez tomber, c’est beaucoup trop profond. Le problème ? La technique employée cause des dommages irréparables sur l’écosystème et présente des risques de contamination des eaux. Une polémique qui surgit une vingtaine d’années après l’implication du groupe dans l’achat de blood diamonds

La joaillerie reste l’un des secteurs les plus opaques de la mode, aussi bien sur les conditions de fabrication que l’origine des matières premières. On peut savoir que nos chaussures sont en cuir italien ou notre chemise en dentelle de Calais, mais qu’en est-il de l’argent de notre chevalière ? Des émeraudes de nos boucles d’oreilles ?

Les statistiques indiquent qu’un peu moins d’un quart des cadeaux offerts le 14 février sont des bijoux. Au demeurant, si nous n’avons rien contre l’idée d’être couvert d’or — vraiment, rien du tout —, autant le faire sans avoir du sang sur les mains. Alors que Chopard a ouvert la voie à la joaillerie équitable en maîtrisant la moindre étape de son approvisionnement, quelles sont les adresses s’inscrivant dans son sillage ? Sur quels leviers s’appuient-elles ? Peut-on se mettre aux bijoux verts sans faire passer son compte dans le rouge ? Suivez le guide…

Aglaïa & Co, le petit Français

(© LittleGreenBee)

« Act different », nous dit Aglaïa & Co. La start-up française entend souffler un vent nouveau en misant sur la transparence, la proximité et des prix abordables. Chaque page produit présente un descriptif complet de la pièce, il ne manque plus que le nom de celui qui l’a fabriquée — toujours dans l’Hexagone. Par ailleurs, 5% du chiffre d’affaires est systématiquement reversé à des oeuvres caritatives.

Soucieuse de sa communauté, elle lui donne rendez-vous tous les mois afin qu’elle choisisse les modèles produits parmi tout un tas de possibilités. Une habitude plutôt rafraîchissante, qui lui assure de viser juste.

Nos coups de coeur

Tuza, l’éclectique

(© Katy Hallowell)

Après des études d’art à Londres, Suzzan Atala se tourne vers la bijouterie avec Tuza. Mexicaine, elle choisit d’implanter son atelier dans son pays d’origine afin d’en stimuler l’économie et « contribuer au progrès social ».

Installée à Taxco, ville exploitant l’argent depuis le XVIème siècle, elle y crée des pièces pour tous les budgets. Chaque réalisation est faite-main, parfois à la demande uniquement. L’avantage ? Plus de problème avec les bagues, il suffit d’envoyer votre taille.

Nos coups de coeur

E’ Pomellato, bello !

(© Pomellato)

Né dans l’Italie des années 60, Pomellato s’impose rapidement comme un incontournable de la joaillerie haut de gamme grâce à un coup de génie : lui appliquer le principe du prêt-à-porter. Dès le départ, la maison milanaise dessine ses bijoux en collections conçues pour être mélanger entre elles. Contrairement à d’autres noms du luxe, elle propose un petit éventail de références en-dessous de 300 €.

La marque réduit son impact en optant pour un approvisionnement responsable de ses ressources, propose des programmes de formation et a créé une fondation promouvant l’éducation des femmes. Elle est aujourd’hui l’une des rares à bénéficier de la convoitée certification du Responsible Jewellery Council, ce qui, je vous le concède, est nettement plus facile quand on appartient au groupe Kering.

Nos coups de coeur

Melissa Joy Manning, la précurseuse

(© Melissa Joy Manning)

Lorsque Melissa Joy Manning fonde sa griffe éponyme dans les années 90, le développement durable est encore l’apanage des mecs en sarouel adeptes de yoga matinal. Autrement dit, choisir de lancer un label responsable de bijoux précieux, à l’époque où la mode ne s’intéresse encore qu’aux supermodels et à la cocaïne, relève du véritable engagement. Rien d’étonnant à ce qu’il soit aujourd’hui un modèle en la matière.

La marque n’utilise que de l’argent et de l’or recyclés, la provenance de chaque pierre est précisée, la fabrication a lieu en Californie ou à New-York dans des manufactures proches du zéro déchet… Bref, difficile de faire mieux, tant sur l’engagement que l’élégance des pièces imaginées.

Nos coups de coeur

TAJ, une philosophie holistique

(© TAJ Amsterdam)

D’après TAJ« what you choose is what you vote for ». Une phrase qui cristallise toute la philosophie de la marque, qui insuffle une dimension quasi spirituelle dans ses créations. Elle ne parle pas de « clients », ni de « communauté », mais de « tribu » fédérée autour d’un principe : l’amour de soi et des autres, considérant dès lors ses bijoux comme des « talismans ».

De façon plus pragmatique, elle n’utilise que de l’argent recyclé et fait le choix d’une production artisanale en Indonésie, favorisant les savoir-faire locaux. En outre, elle refuse l’utilisation de toute pierre véritable et préfère miser sur des versions de synthèse : fabriquées en laboratoires, elles ont les mêmes propriétés physiques, et offrent l’assurance qu’aucun humain n’a été maltraité au cours du processus.

Nos coups de coeur

Du reste, si vous tenez absolument à faire un geste pour le monde sans avoir de Valentin, vous n’avez qu’à me gâter moi… •

Cet article fait partie de la série #26 — The Love Issue.

(Crédits couverture : 2 Pac par David Lachapelle)