Tout comme le streetwear est né à Los Angeles, ou le grunge à Seattle, on a tendance à considérer le punk — dont le cher tartan rappellerait presque le drapeau — comme purement britannique. Les Sex Pistols et leur God Saves The Queen, Vivienne Westwood et sa boutique SEX, l’ambiance de Camden Town, les slogans provocants… Tout semble effectivement pointer vers Londres.

Pour autant, il est difficile de savoir avec certitude si le mouvement trouve ses origines sur les bords de la Tamise, ou plutôt du côté de New-York… Dans l’East Village de Manhattan, on se retrouve régulièrement au CBGB afin d’assister aux concerts des Ramones et de Blondie, qui chantent sans le savoir les prémices du son punk. À ce propos, Malcolm McLaren, futur manager des Pistols, traîne souvent dans ce même bar avant de rentrer au pays… Coïncidence ?

Quoi qu’il en soit, ce sont bien les Anglais qui lui ont donné toute sa puissance et en ont codifié le style — la scène outre-Atlantique se concentrait avant tout sur la musique. Si l’Hexagone a également connu ses années No Future, il n’y a pas véritablement apporté sa touche, hormis dans les hautes sphères de la mode.

Alors, quand j’ai entendu parler d’Esther Bancel, jeune marque française clamant que « punk is the new elegance », j’ai eu envie d’en savoir davantage…

(© Esther Bancel)

Il y a un certain paradoxe à vouloir associer rébellion et raffinement. Source inhérente de contrastes, c’est justement autour de cette dualité que le label s’articule, en adoptant des partis-pris audacieux sur des vêtements relativement classiques. Cela se traduit notamment par un blazer à l’accent victorien, des jeux de transparence, des boucles et des empiècements en cuir verni, ou encore un manteau en tweed à l’aspect faussement effiloché.

La créatrice est adepte de matières italiennes ou françaises, et fait le choix d’une fabrication près de Paris, démarche à la fois éthique et pragmatique — en plus d’assurer des conditions de travail décentes, elle permet aussi d’exiger des standards de qualité rigoureux.

(© Esther Bancel)

En revanche, on ne peut pas dire que l’allure des modèles proposés soit forcément ancrée dans l’esthétique punk, malgré des références indéniables. Ainsi, au-delà du style en lui-même, c’est surtout de sa philosophie qu’Esther Bancel se réclame. Plus qu’aucun autre mouvement, il est empreint d’un esprit de liberté, de défi de la norme et d’expression de soi. Devenir qui l’on est vraiment, faire ce dont on a envie sans avoir à se cacher des conventions. Dès lors, le caractère complètement gender less des collections prend tout son sens (une idée que l’on retrouve déjà largement présente chez nos anti-conformistes des 70’s). De même pour le design affirmé de chaque pièce.

Encore à ses débuts, le label offre par ailleurs un concept intéressant : consacrer chaque collection à une sous-culture différente, et rendre hommage à plusieurs milieux underground — à l’instar d’un de ses projets, qui met en scène un danseur de voguing. Une promesse inhabituelle mais ambitieuse, dont on compte suivre l’évolution de près…  •

Cet article fait partie de la série #28 — Punk isn’t dead.

(Crédits couverture : Esther Bancel)