Dans un monde en instabilité permanente, il existe heureusement des constantes auxquelles se raccrocher. Certaines choses ne changeront jamais : les grèves à la RATP, le pouvoir calorique du sucre, et le public des fashion weeks. Si chacune d’entre elle est unique par ce qu’elle apporte sur le podium, les yeux qui la scrutent sont toujours, toujours les mêmes.

Ne vous fiez pas à l’attroupement devant l’entrée, 80% restera sur le carreau. À votre gauche, ce gamin prébupère, qui ne vit que pour Supreme, essaie en vain de se frayer un chemin jusqu’au dernier rang. Juste à côté de lui, son évolution adulte, qui cache son ticket de métro tout en nourrissant l’espoir de se faire photographier. Devant vous, cette rédactrice aux grandes lunettes noires fait signe à des visages dont elle ignore le nom, faute de pouvoir leur sourire par excès de botox. Derrière, son assistant souffle sur son triple moka au lait d’amande encore brûlant avant de le lui passer. Vous pensiez croiser Rihanna ? Laissez tomber, contentez-vous d’Instagram. Enfin, sur votre droite, nous vous présentons Michel, boulet de passage dans le 8ème qui se croit à un rassemblement improvisé de la CGT. Ignorez-le plus de trois minutes et il finira par rebrousser chemin, le pauvre confond Mélenchon et MOSCHINO…

Qu’importe leur rang dans la chaîne alimentaire de la mode, ses membres partagent tous un trait commun pendant la semaine des défilés. Durant quelques jours, la notion de « too much » n’est plus qu’un mythe. Tout est prétexte à l’extravagance et l’excès, l’occasion d’enfin mettre en pratique ces poses travaillées d’inlassables heures devant le miroir.

Vous n’avez été invités à aucun show ? Qu’à cela ne tienne, il vous appartient de transformer votre quotidien en catwalk avec ces 10 pièces destinées à sortir du lot…

Il n’y a rien de plus ridicule que porter des vêtements hors-saison dans le seul but de se distinguer — les manches courtes par -5° n’ont rien de stylé. La solution toute trouvée ? Le manteau de fourrure, qui vous gardera à l’abri du froid quelle que soit votre tenue, en lui apportant une bonne dose de sophistication. Quant à ce modèle Givenchy en synthétique à quasiment 2.400 €, on ne saurait trop dire si les larmes nous montent pour les animaux que l’on sauve, ou l’hypothèque que l’on est prêt à prendre pour une pièce en plastique de luxe… (Version « je suis fauché(e) » disponible ici.)
Moins connu de la jeune génération, Montana est l’un des plus grands créateurs des années 80. À l’instar de Thierry Mugler, il fait partie des premiers à accompagner l’évolution de la femme dans son passage vers la vie active, en lui dessinant un uniforme à la hauteur de ses nouvelles responsabilités. Le power dressing prend forme sous la pointe aiguisée de son crayon. Une trentaine d’année plus tard, Gareth Pugh, poulain de Rick Owens, lui rend hommage dans une capsule remettant ses classiques au goût du jour. Profitons-en temps qu’on le peut… (223 € — Version « je suis fauché(e) » disponible ici.)
À mi-chemin entre Kate Moss et un panneau JC Decaux, la logomania est un excellent moyen de capter l’attention : vous avez l’avantage de saturer la cornée de ceux qui traînent à moins d’un mètre de vous. Surfant sur la hype, on se tourne donc vers Balenciaga, mais cela fonctionne avec toute marque apposant son nom comme un tampon du Trésor Public. (995 € — Version « je suis fauché(e) » disponible ici.)
Une coupe parfaite, des motifs diamants à la profondeur maîtrisée, l’empiècement remontant sur le cou dont la rondeur s’oppose à la ligne des épaules… Christopher Kane signe l’une de ses plus belles pièces, avec un sens exacerbé de la précision chez celui qui est déjà coutumier des imprimés. (1.395 €)
Dans un tout autre registre, on se la joue rétro avec cette veste de smoking Gucci. Conjuguant l’élégance traditionnelle à un esprit dandy moderne, elle saura autant se superposer à un col roulé qu’un tee-shirt troué. Le petit plus ? Les détails aux manches et sur les bords de la pièce. (2.980 € — Version « je suis fauché(e) » disponible ici.)
L’all over sera l’une des tendances phares de l’hiver prochain. Sans plus attendre, on y cède déjà avec ce pantalon Heron Preston dans un camaïeu de nuances ambrées. On l’imagine aussi bien avec un bon gros sweat en molleton bouclé, qu’une chemise blanche immaculée pour le contraste. (500 €)
Il y a environ un siècle, Paul Poiret règne sur la couture. Sa mode influencée par l’orientalisme, à grand renfort de drapés et de turbans emplumés, séduisent la haute société parisienne. La jeune Coco Chanel est l’une de ses concurrentes les plus redoutables, jusqu’à ce que son nom tombe progressivement dans l’oubli… Ressuscitée par un groupe coréen, la maison présente sa première collection en 2018. Notre pièce préférée : la mule à talon oblique. (1.012 €)
Puisque l’on parle chaussures, on lorgne sérieusement sur l’iconique Tabi de Margiela. Donnant un nouveau sens à l’expression camel toe, sa forme est tirée de celle des souliers de samouraï. Pièce indémodable pour tout amateur de mode, on l’aime autant dans sa version plate qu’avec un léger talon. Et puisque notre obsession du moment se porte sur les bottines blanches, c’est dans cette couleur qu’on la choisit. (990 €)
Avec sa minaudière en forme de pilule, Marzook réunit trois de nos plus grandes passions : les cachetons, les accessoires et les sequins. D’une taille suffisante pour y glisser plus qu’un paquet de Marlboro et une carte bleue, elle suffit à dévergonder un look un brin trop sage, ou accentuer l’insolence d’un style affirmé. En attendant de pouvoir se la payer, on fait déjà chauffer l’eau pour les pâtes. (1.420 €)
Couronne Dolce & Gabbana. Qui parle de rester subtil ? (1.850 € — Version « je suis fauché(e) » disponible ici.)

Surtout, souvenez-vous : briller en front row est avant tout une affaire de volonté. Si Céline Dion y est parvenue, vous le pouvez aussi… •

Cet article fait partie de la série #29 — Le Spécial Fashion Week FW19.

(Crédits couverture : Farfetch x Byronesque ; Gareth Pugh ; Montana)