Le fashion month réunit plusieurs centaines de présentations — environ soixante-quinze défilés rien qu’à Paris cette saison, sans compter les showrooms, pop-up stores et autres événements particuliers. À New-York, le premier jour du calendrier est consacré à plus de quarante marques différentes…

Avec autant de rendez-vous, imaginer un défilé-spectacle devient un axe de communication à part entière. Depuis son arrivée chez Saint Laurent, Vaccarello aime organiser ses shows au pied de la Tour Eiffel. Ralph Lauren fait défiler des mannequins entre les tables de son café new-yorkais, quand Lagerfeld nous lègue un village alpin pour dernier décor Chanel.

Philipp Plein, pape du cuir orné de cristaux Swarovski et sponsor non officiel du rap français, n’est pas étranger à l’exercice. Après avoir invité des artistes comme Dita von Teese et Nicki Minaj le temps d’une performance, il se tourne cette fois vers Kanye West. Alors que le buzz commence à prendre, Kim Kardashian y met fin en un tweet : son mari n’a signé aucun contrat du genre, le designer s’est fait arnaqué — et délesté d’un peu moins d’un million de dollars.

Au milieu de cette folie des grandeurs, plusieurs créateurs n’en sont encore qu’à leurs débuts, ne pouvant compter que sur leur travail du vêtement pour se faire remarquer. On se penche sur cinq d’entre eux…

Ich bin ein Ottolinger

(Ottolinger FW19 — © Filippo Fior pour GoRunway)

Établi à Berlin, Ottolinger ramène le conceptuel allemand au sein de notre belle capitale. Largement influencé par la littérature et le cinéma, le label s’inspire d’une oeuvre différente pour chaque collection.

Cette saison, on découvre ainsi son interprétation de Three Body Problem, un roman chinois de SF sur une sombre histoire de société divisée par l’arrivée d’aliens. Au-delà du pitch qui peut laisser perplexe, la marque s’applique pourtant à créer des pièces originales, qui restent tout à fait portables.

Nos coups de coeur

Une Luar d’espoir

(Luar FW19 — © Armando Grillo pour GoRunway)

Présentant sa quatrième collection, Luar poursuit sa démarche de déconstruction de l’office wear. Marque genderless, elle incorpore également des éléments tirés des rues new-yorkaises, où son créateur Raul Lopez grandit. Si son style vous dit quelque chose, sans doute est-ce parce qu’il s’agit d’un ancien membre fondateur du label Hood by Air. Il évite cependant l’écueil du copy-cat, en parvenant à transmettre sa propre vision.

On regrette l’e-shop en transition, qui ne nous donne que quelques basiques à nous mettre sous la dent…

Nos coups de coeur

Richard Quinn Elizabeth

(Richard Quinn FW19 — © Daniele Oberrauch pour GoRunway)

Tandis que certains créateurs paient des célébrités pour s’assoir au premier rang de leurs défilés, Richard Quinn peut compter sur une invitée de marque : la reine Elizabeth elle-même. À bientôt 30 ans, il est le tout premier lauréat du Her Majesty’s British Designer Award, décerné en 2018.

Il doit sans doute les faveurs de la souveraine à son goût pour les motifs classiques anglais et les couleurs vives, qu’il réinterprète avec modernité. Tartan précieux couplé à du latex, pied-de-poule façon trompe-l’oeil ou fleurs XXL, les imprimés semblent devenir sa marque de fabrique…

Nos coups de coeur

Let it Rokh 

(Rokh FW19 — © Estrop)

Rok Hang crée son label éponyme il y a deux ans à peine. Né en Corée du Sud, il fait ses classes à Londres avant de rejoindre le studio Céline époque Phoebe Philo.

Riche d’un point de vue multiculturel, il coud un patchwork de références qui dessine les contours d’une femme mi-androgyne, mi-lolita, se servant du dressing masculin pour s’en approprier toute la puissance symbolique.

Nos coups de coeur

United Colors of Comeback

(Backstage Benetton FW 19 — © Giacomo Cabrini)

Je vous l’accorde, Benetton n’est pas une nouvelle marque — fondée en 65, c’est même tout le contraire. Connaissant son apogée dans les années 80-90, elle est peu à peu mise à mal par des géants comme H&M, Zara et Uniqlo. Elle tente à présent un comeback, en plaçant Jean-Charles de Castelbajac à la tête de la création.

Pour l’occasion, elle organise même le premier défilé en fashion week de son histoire… qui ne déçoit pas. Sous l’impulsion du Français, la griffe italienne retrouve un souffle mode, une attitude, loin du simple basique criard auquel on l’associe.

La collection, baptisée Rainbow Machine, est déjà en partie disponible.

Nos coups de coeur

En outre, il n’est pas rare de trouver des modèles à prix raisonnable chez les labels bourgeonnants. Prenez le temps de regarder, qui sait combien de temps cela durera. Alors, quand votre collègue complimentera votre nouvelle pièce, soyez sympas, faites-lui tourner l’article… •

Cet article fait partie de la série #29 — Le Spécial Fashion Week FW19.

(Crédits couverture : Giacomo Cabrini — backstage Benetton)