Si la bataille pour la plus grande capitale se dispute à chaque nouvelle fashion week, Paris reste la reine incontestée des collections masculines. Pendant six jours consécutifs, la ville bat au rythme des présentations façonnant le style de l’homme du futur — enfin, de l’été prochain en tout cas. Les marques les plus en vue, d’Off-White à GmbH, maintiennent notre street cred Instagram, là où des maisons telles que Dior et Hermès font chavirer les amateurs de luxe. 

Au même moment, sa voisine d'outre-Manche pâtit d’un manque de têtes d’affiche. Burberry réunit désormais ses visions pour l'homme et la femme en une seule présentation, suivi par Vivienne Westwood, tandis que J.W. Anderson ne défile plus qu’en France...

Sans s’avouer vaincu, le bastion anglais organise sa résistance. Loin des noms établis, sa scène se compose de jeunes talents pris d’une effervescence typiquement britannique. On s'attarde sur cinq d’entre eux.

La Chine de Feng Chen Wang 

(Backstage Feng Chen Wang ; © Daniele Fummo pour Dazed)

Finaliste du prix LVMH 2016, une poignée d'années auront suffit à Feng Chen Wang pour dresser les bases de son esthétique, qui s’appuie sur des influences chinoises alliées à des lignes occidentales. Cette saison ne fait pas exception : pour l’occasion, la créatrice se concentre sur l’artisanat de sa province natale, employant des méthodes de tissage traditionnelles et des teintures à base de soja, citron et indigo naturel.

Sur un podium à la fois masculin et féminin, la collection démontre une grande cohérence globale. Les matières légères et les nuances douces constituent un ensemble certes facile à porter, mais non moins original.

Nos coups de coeur

Explosion au C2H4

(C2H4 ; © Regis Colin Berthelier pour NOWFASHION)

C2H4 est la formule de la molécule d’éthylène. Le nom du label traduit la passion de son fondateur pour la chimie, dessinant un vestiaire où le style s'inspire de la science. Puisant dans plusieurs sous-cultures, du geek au punk, il assemble un pêle-mêle d’influences qui trace les contours d’un streetwear à la croisée des genres.

Basé à Los Angeles, il choisit (comme à son habitude) Londres pour présenter sa dernière collection, Post Human Era. Sans verser dans la dystopie, elle se compose de pièces aux lignes futuristes, renforcées par des tons métallisés et des accessoires assortis. On ne viendra pas se plaindre si la fin du monde ressemble effectivement à cela...

Nos coups de coeur

Mis en scène par Stefan Cooke

(Backstage Feng Chen Wang ; © Charlotte O'Shea pour Dazed)

Autre finaliste du prix LVMH (édition 2019), Stefan Cooke est d’abord révélé au sein de l'incubateur Fashion East, par lequel est passée Astrid Andersen.

Pour son tout premier défilé en solo, la marque s’inspire d’étudiants en art dramatique rencontrés à New-York. Elle les imagine alors flânant au milieu des costumes de scène, qu’ils associent ensuite à leurs propres vêtements. Côté confection, les mailles s’ajourent, les imprimés se la jouent trompe-l’oeil, et certains détails imitent des modèles centenaires. Le résultat ? Des pièces à la fois urbaines et théâtrales, empreintes d’un esprit romantique qu’on croirait tiré d’une pièce de Shakespeare.

Il faudra cependant attendre avant la création d’un e-shop…

Sauvé par le Studio ALCH

(© Studio ALCH)

Bâti autour des notions de déconstruction et de transformation, Studio ALCH imagine des pièces prolongeant la vie d’autres vêtements ou objets. À titre d’exemple, cette chemise réversible, taillée dans un parapluie de golf.

Fidèle à son ADN, la marque offre cette fois encore des silhouettes sportswear, rehaussées de motifs abstraits et de nombreux détails, sur des matières associées en patchwork ou par empiècements. Le logo Nike nous rappelle ses liens avec l’équipementier, qui l’enrôle en 2017 pour une réinterprétation de l’Air Max, et continue de l'accompagner depuis.

Nos coups de coeur

Un autre genre de Paria

(Backstage paria/FARZANEH ; © Charlotte O'Shea pour Dazed)

Avec seulement quatre présentations à son actif, Paria Farzaneh est déjà considérée comme l’une des références les plus prometteuses de la relève londonienne. Entre l’Angleterre où elle grandit, et l’Iran que sa famille fuit, son style se définit comme un trait d’union entre ces deux cultures.

Pour sa présentation SS20, la créatrice déstabilise son assistance : les écrans installés ne projettent pas d’images du défilé, mais du public lui-même, pendant que les mannequins défilent masqués. En matière de looks, on retrouve les imprimés d’inspiration perse emblématiques de la marque, une riche palette de couleurs, et une attention particulière portée aux volumes. L’occasion également de dévoiler sa nouvelle collaboration avec Converse.

Nos coups de coeur

Loin de se laisser abattre par la menace du Brexit, les designers londoniens poursuivent leur ascension avec brio saison après saison, définissant un style nourrissant la richesse de leur ville — et nos placards. •


Zackary
Fils illégitime de Hugh Hefner et Donatella Versace, je suis la moitié visible du duo derrière ZACKARIUM. Tombé amoureux de la mode à l’époque des culottes courtes, ma mission est de vous guider avec légèreté dans la jungle des marques et des podiums.